Alain-Noël Gentil : un prêtre pas comme les autres

Par | Publié le 30 avril 2018

Alors que l’Église est parfois perçue comme « vieillotte » et peinant à s’adresser aux jeunes, certains prouvent qu’elle peut au contraire être moderne et dynamique, sans pour autant entacher la foi. À Saint-Égrève, commune de l’agglomération grenobloise (Isère), rencontre avec le père Alain-Noël Gentil, qui conjugue sa fonction avec celle de chanteur et musicien.

Le père Alain-Noël Gentil chez lui à Saint-Egrève, près de Grenoble (Isère).

Le père Alain-Noël Gentil chez lui à Saint-Egrève, près de Grenoble (Isère). Photo : Clotilde Dumay

 

Croix autour du cou, magazine France football dans les mains. À 53 ans (il est né un 25 décembre…), le père Alain-Noël Gentil est un prêtre sans complexes. Sans doute l’un des seuls à réunir dans un même lieu le pape François et Roland Romeyer, président de l’AS Saint-Étienne. Du moins, en photos. « Là, je posais avec le président du club et la Coupe de la Ligue », raconte cet incorrigible supporter des Verts. Sous les yeux du souverain pontife – placardé un peu partout dans le modeste appartement de la paroisse Saint-Martin du Néron, à Saint-Égrève – le père Gentil avoue même avoir voulu devenir journaliste sportif, lorsqu’il était au lycée. Mais c’est finalement un autre chemin qu’il décide d’emprunter : celui de la foi.

Une démarche réfléchie, loin d’être évidente. « Un jour, j’ai rencontré un prêtre de 80 ans, proche de ce que vivaient les jeunes, ouvert sur le monde, bien dans ses baskets, se souvient le père Alain-Noël Gentil. J’ai trouvé cela intéressant, alors j’ai fait ma confirmation. Puis quelques jours avant sa mort, je suis allé voir ce vieux prêtre à l’hôpital et il m’a dit cette phrase : Je vous passe le flambeau. De quoi faire cogiter le jeune étudiant de l’époque, issu d’une famille chrétienne, sans toutefois le convaincre totalement : « Je voulais avoir des enfants, et c’était impensable pour moi de ne pas me marier », avoue-t-il avec du recul.

« Ce soir-là, je me suis dit : “Alain-Noël, tu vas être prêtre” »

Le tournant s’opère un soir de février 1984. Ce jour-là, Alain-Noël Gentil doit trancher : aller au Parc des Princes voir Saint-Étienne jouer contre le Paris Saint-Germain, ou assister à une veillée de prières pour les vocations. Infidèle à son club favori, il choisit la deuxième option. « L’évêque de Paris s’est adressé aux jeunes, en nous demandant si nous serions prêts à donner notre vie, en tant que prêtre, pour apporter quelque chose à l’Église, se remémore-t-il. À la fin, ce soir-là, je me suis dit : Alain Noël, tu vas être prêtre”. » Une nouvelle que l’étudiant décide d’annoncer à ses parents… un 1e avril. « Au début, ils ne m’ont pas cru, sourit le père Gentil. Ensuite, ils ont été un peu inquiets, mais il y avait de la joie en eux. »  Il entre donc au séminaire en septembre 1984 et est ordonné prêtre le 15 décembre 1991. Un parcours un peu rock’n’roll, donc. À son image.

De Cène en scène

Car Alain-Noël Gentil n’est pas seulement prêtre : il est également chanteur et musicien. « J’ai commencé à chanter avant d’être prêtre », précise-t-il, puisque dès le plus jeune âge, son grand-père russe se charge de son apprentissage musical. Premières leçons de guitare à six ans, premières chansons composées à 17 ans, et création d’un groupe avec quelques amis. Il semble déjà évident que la musique occupera une place importante dans sa vie.

Avec son groupe, il va en effet chanter aux quatre coins de la France : de la Bretagne au Sud-Ouest, et même dans la capitale. Leur style musical ? « Du rock d’inspiration chrétienne, un peu inclassable » selon les mots d’Alain-Noël Gentil.  Aujourd’hui, le prêtre et ses sept compagnons de scène limitent leurs concerts à l’Isère et aux départements voisins, mais le public est toujours au rendez-vous. Et pas besoin d’être catholique pour apprécier leurs compositions car comme le rappelle le père Gentil : « Notre idée, c’est de faire venir des gens croyants, mais aussi en recherche ou non-croyants. Il y a des chansons sur tous les thèmes de la vie, donc chacun pourra se retrouver dans au moins l’une d’entre elles. » Il faut dire qu’en neuf albums, les thèmes explorés sont effectivement nombreux, des plus légers aux plus graves. Le prêtre chanteur s’est ainsi moqué de la manie du zapping dans « Sacrée télé ! » (1996) ou a clamé la beauté de la foi dans « Croire » (2008). L’an dernier, dans son album titré Intime, il a, entre autres, tenu à chanter pour la petite Fiona. Cette chanson intitulée « Un ange », « c’est un cri du cœur », explique Alain-Noël Gentil : « Je n’ai pas la prétention de vouloir aider des gens ou rendre hommage : les gens reçoivent mes chansons de manière très différente. »

« Le plus important c’est le fond, pas la forme »

Il est en tout cas certain que par sa musique, son look, son dynamisme, le père Alain-Noël Gentil s’est forgé une réputation de prêtre moderne voire atypique. Ses messes, comme ses concerts, ne désemplissent donc pas : « Je suis persuadé que la musique et le chant apportent quelque chose à ma vie de prêtre et aux gens, et que s’ils viennent très nombreux, c’est parce qu’ils savent que ce sera une célébration avec un peu d’humour, de la pêche, de la musique et aussi du silence. »

Le prêtre a d’ailleurs régulièrement l’occasion de constater les effets de la musique lorsqu’il célèbre des mariages ou des baptêmes : « Dans ces cérémonies, il y a des gens qui ne sont pas forcément croyants. Mais ce qui est marrant, c’est que quand je prends ma guitare, ils chantent « Croire » à tue-tête avec moi ! La musique et le fait de se sentir accueilli permettent aux gens d’exprimer quelque chose qui est au fond d’eux. » Pour autant, l’objectif n’est en aucun cas d’attirer de nouveaux fidèles, car comme l’explique Alain-Noël Gentil : « L’Église n’est pas une secte, on ne veut pas amener des gens à suivre un chemin qu’ils n’auraient pas choisi, simplement parce qu’il y a un prêtre rigolo ou plus de musique. »

C’est donc là le point essentiel à ne pas perdre de vue selon le père Gentil : « Le plus important, c’est le fond, pas la forme ». Des cérémonies plus vivantes, modernes et dynamiques oui, mais pas au détriment de la foi.

Le père Alain-Noël Gentil interprète la chanson « Rappelle-toi », tirée de son album « La Voie Lactée » (1995). Vidéo : Clotilde Dumay