Baptiste Ploquin : « Les pouvoirs publics doivent définir les priorités »

Par et | Publié le 28 février 2017

L’environnement est le secteur d’activité qui inspire le plus les jeunes créateurs de start-up. Cela représente un chiffre d’affaires de 45 milliards d’euros. La société Finoptim, basée dans l’agglomération grenobloise, propose des cheminées ouvertes à la fois efficaces et écologiques. Rencontre avec Baptiste Ploquin, co-fondateur de cette jeune entreprise, créée en 2013.

L’Avant post : Pourquoi vous être lancé dans ce domaine ?

Baptiste Ploquin : Au départ, c’est un constat énergétique plus qu’écologique. Nous nous sommes rendu compte que les cheminées à foyer ouvert étaient très répandues, mais qu’elles ne chauffaient pas. Nous avons donc décidé d’améliorer ce rendement énergétique en restituant plus de chaleur. Ensuite, nous nous sommes rendus compte qu’elles étaient en plus polluantes. Et le défi est devenu double : réduire la pollution et augmenter le rendement énergétique avec des cheminées à foyer ouvert. Nous avons trouvé un procédé qui permet de réduire les polluants. Cela nous a permis de prendre le contre-pied de ce qui est communément admis : les cheminées ouvertes peuvent être peu polluantes si le bois est sec et si la combustion est performante.

L’AP : Comment avez-vous développé votre activité ?

B.P. : Nous avons joué sur trois leviers dans notre communication, et, honnêtement, je crois que nous avons été plutôt bons. Tout d’abord, nous sommes dans un domaine où il y a peu d’innovation et peu de jeunes : être des entrepreneurs de moins de 30 ans nous a donné une certaine notoriété et une certaine crédibilité. Ensuite, le fait de nous situer dans le domaine industriel nous a donné accès à BPI France [Banque publique d'investissement, un organisme français de financement et de développement des entreprises, NDLR]. Enfin, notre démarche environnementale nous a permis d’être aidé par l’Ademe [Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, NDLR] Bien sûr, en amont de tout cela, nous avions fait un travail marketing qui nous avait permis d’identifier ces leviers que nous pouvions actionner.

L’AP : Peut-on vous qualifier de start-up ?

B.P. : D’un point de vue médiatique, on se vend sous le terme de start-up, mais en fait, nous ne correspondons pas tout à fait au standard : nous ne sommes pas caractérisés par un risque technologique ou économique, comme d’autres jeunes entreprises, qui sont souvent amenées à solliciter des levées de fonds.
De notre côté, nous avons souhaité nous situer dans une logique de rentabilité économique immédiate : nous n’avons dépensé que l’argent que nous avions, et les financements que nous avons décroché nous ont juste permis de payer les salaires entre le moment de la vente et le moment où nous avons été payé. De fait, nous n’avons pas eu besoin de lever des fonds les premières années.
Néanmoins, afin de nous industrialiser, nous avons dû le faire le mois dernier : une levée de 1,3 millions d’euros. C’est une tâche qui prend beaucoup de temps. Autant la faire une fois pour de bon : elle va nous permettre de passer d’une production de 400 modèles à plus de 2000. Dans le même temps, nous prévoyons de développer aussi notre activité en terme de points de vente.

L’AP : Comment voyez-vous l’avenir ?

B.P. : Nous prévoyons de tripler notre chiffre d’affaire pour l’année 2017 : celui-ci était de 360 000 € en 2016 et nous visons maintenant 1 million. Nous sommes en progression constante depuis notre création, alors que le marché des cheminées perd 10 à 15 % par an.
En fait, je crois que l’avenir du développement de produit doit se faire en lien avec l’environnement, avec de la qualité et en pensant au long terme. Une notion comme l’obsolescence programmée n’a aucun sens : pourquoi devrait-on changer de photocopieuse au bout de quelques années ? Mais pour cela, les pouvoirs publics doivent définir les priorités. C’est pourquoi nous faisons aussi du lobbying auprès de la ville de Grenoble ou auprès de l’État et du ministère de l’Environnement.

David Lepiney (à gauche) et Baptiste Ploquin (à droite), les deux co-fondateurs de la société Finoptim ⓒ Florian Espalieu

David Lepiney (à gauche) et Baptiste Ploquin (à droite), les deux co-fondateurs de la société Finoptim ⓒ Florian Espalieu