Benjamin Renner : « J’ai une conception assez personnelle du voir ensemble »

Par et | Publié le 27 février 2017

Le cinéma le Méliès de Grenoble accueille le festival Voir ensemble depuis le 22 février et jusqu’au 4 mars. Son objectif : permettre au jeune public de découvrir le 7e art sous toutes ses formes, à travers des projections et des ateliers pratiques. Le dessinateur et réalisateur Benjamin Renner est le parrain de cette 5e édition. Six minutes de son dernier long métrage d’animation, Le grand méchant renard, sont présentées en avant-première inédite. Rencontre.

Benjamin Renner est le parrain de la 5e édition du festival Voir ensemble au cinéma Le Méliès. Crédits : Adeline Divoux

Benjamin Renner est le parrain de la 5e édition du festival Voir ensemble au cinéma Le Méliès. Crédits : Adeline Divoux

L’Avant-Post : Vous avez été choisi pour parrainer le festival Voir ensemble cette année. Quel effet ça vous fait ?
Benjamin Renner :
C’est toujours flatteur comme sensation. Lorsque l’on m’a proposé d’être le parrain, je ne connaissais pas ce festival, donc j’ai fait des recherches. Je me suis rendu compte que c’était un événement qui avait beaucoup de sincérité et ça m’a touché d’être choisi et de réaliser l’affiche. L’organisateur du festival (Marco Gentil, ndlr) m’a expliqué qu’il avait beaucoup mis le travail d’Ernest et Célestine en avant donc c’était aussi une manière pour moi de venir le remercier en direct.

L’AP : Vous avez donc signé l’affiche du festival. Qu’est-ce qui vous a inspiré ?
B.R. :
J’ai eu un peu peur quand je l’ai envoyé car c’était une conception assez personnelle du « voir ensemble ». J’aime beaucoup me balader dans la rue et regarder tout ce qui se passe autour de moi. Je trouve que les petites scènes de la vie de tous les jours créent des petits spectacles. Et j’ai toujours été passionné par les vols d’oiseaux. Quand je vois des pigeons, j’ai toujours cette envie câline de vouloir courir au milieu pour les voir s’envoler. C’est un des petits spectacles quotidiens que j’aime voir et provoquer. C’est donc un peu dans cette logique d’envol d’oiseaux que j’ai dessiné l’affiche.

L’AP : Vous travaillez surtout sur des projets humoristiques. Allez-vous rester sur la même lancée ?
B.R. :
Oui, je pense. En tout cas, j’ai toujours cette logique de mettre de l’humour quelle que soit la thématique et le sujet dont on parle. Même dans les pires situations, il y a toujours une part de légèreté qui apparaît. L’humour doit être là, même quand il s’agit de sujets graves.

L’AP : Vous avez eu beaucoup de succès avec Ernest et Célestine et vous travaillez actuellement sur la fin de votre film Le grand méchant renard. Où en êtes-vous dans ce projet ?
B.R. :
Le film est en phase de finalisation. J’ai d’ailleurs failli annuler ma venue à cause de cela, mais nous sommes à la toute fin de la production. Le festival Voir ensemble diffuse d’ailleurs 6 minutes en avant-première exclusive, puisque le film est à peine terminé. Il sortira le 21 juin dans les salles. A l’origine, nous avions prévu de faire une série TV sur la base de trois épisodes de 26 min et le producteur a préféré qu’ils soient réunis en un long-métrage et d’en faire un programme spécial.

L’AP : Cette fois, c’est votre propre bande dessinée que vous adaptez. Est-ce que c’est difficile d’en faire un film d’animation ? Est-ce le même travail ?
B.R. :
Non, d’ailleurs je ne m’y attendais pas, je pensais que l’adaptation en film de la BD serait beaucoup plus simple. J’ai été surpris de voir à quel point c’était beaucoup plus difficile que ce que l’on croyait, notamment au niveau des blagues, où la bande dessinée est très bavarde. Quand on les lit, cela nous fait rire, mais une fois qu’on les fait jouer c’est différent ; il faut trouver le ton pour donner la réplique, les bons acteurs… Et cela change la relation aux personnages. Dans la bande dessinée du Grand méchant renard, les poussins ont tous la même tête. Dans le film, il fallait leur donner des voix. Cela les rendait beaucoup plus fragiles, car j’ai demandé à ce que des enfants le fassent, ce qui donnait un ton complètement différent à l’histoire. Le rapport entre le renard et les poussins était beaucoup plus fort. Dans la BD, il est un peu violent avec eux, mais dans le film, si je faisais exactement pareil, cela devenait gênant, cela faisait moins rire et devenait presque de la maltraitance. Donc j’ai changé certaines scènes en fonction de mon ressenti. La structure est restée la même, mais l’intérieur des scènes à changé : on dit la même chose mais d’une manière différente.

L’AP : Est-ce qu’il y a un thème central dans votre histoire ? La tolérance, le vivre ensemble ?
B.R. :
Cette histoire de renard qui vit avec des poussins, c’était surtout un vecteur de blagues. Souvent je fonctionne comme ça : je trouve d’abord un contexte un peu particulier, qui me fait rire ou qui est intéressant à développer, et à force d’écrire des petites scènes autour, je me rends compte de ce que cela peut vouloir dire d’autre, symboliquement. Pour Le grand méchant renard, j’ai mis du temps avant de me rendre compte qu’un petit sous-texte se développait. Donc ce n’est pas parti d’une idée de faire un livre sur la tolérance, je n’aime pas trop donner des leçons. Je préfère partir de petites scènes, puis, éventuellement, travailler un sous-texte qui vient lier le récit en profondeur.

L’AP : Quels sont vos projets pour la suite ?
B.R. :
J’aimerais beaucoup refaire une bande dessinée, si j’arrive à trouver le temps nécessaire. Mais c’est encore neuf dans ma tête. Il se peut que je change d’avis dans deux semaines (rires). Concernant les films, ce n’est pas une obsession ni un but en soi. Je ne me lance pas temps qu’un sujet ne m’en donne pas l’envie. Pour moi, c’est l’histoire qui prime sur le médium, c’est-à-dire que si je sens que ce sera plus intéressant de le faire en bande dessinée, je ne me lancerai pas dans le long-métrage. Le problème des films, c’est que cela prend beaucoup de temps et c’est plus coûteux puisque cela demande pas mal d’intervenants. Il y a donc des exigences, contrairement à la bande dessinée où il y a une plus grande liberté pour faire ce que l’on veut.

Trois questions à Marco Gentil, programmateur du festival et directeur adjoint du cinéma Le Méliès

L’AP : Que propose le festival « Voir ensemble » ?
M.G. :
C’est un festival jeune public, mais pas seulement : de cinéma et d’éducation à l’image. L’idée est de s’adresser à tous les publics, en proposant une programmation qui se veut de qualité, avec les films les moins formatés possibles, qui ouvrent sur tous les horizons possibles, toutes nationalités et tous genres. On propose des films d’aujourd’hui, des films de demain avec des films inédits, et d’hier aussi. Il y a un jury d’enfants et un jury socio-culturel, c’est-à-dire de structures socio-culturelles de Grenoble, qui viennent découvrir plusieurs films et attribuent un prix à la fin du festival. Cela nous permet de toucher des enfants qui ne viennent pas forcément par eux-mêmes. C’est important pour nous car nous sommes un cinéma populaire lié à la Ligue de l’enseignement, nous avons envie d’un art qui s’adresse à tous.

L’AP : Qu’a de particulier cette cinquième édition ?
M.G. :
Cette 5e édition est une édition anniversaire, elle est de plus parrainée par Benjamin Renner qu’on admire et qu’on aime beaucoup, qu’on accompagne depuis Ernest et Célestine et un peu avant. Je tenais à l’accueillir et je suis très honoré qu’il soit présent avec nous. Il devait venir l’année dernière, et notre deal c’était qu’il soit parrain cette année. Il a signé l’affiche qui est magnifique.

L’AP : Il y a plusieurs ateliers organisés pour les enfants, qu’est-ce que cela leur apporte ?
M.G. :
C’est toujours dans cette idée d’éducation à l’image. Pour nous, il n’y a pas meilleur moyen de comprendre le cinéma que d’en faire, donc c’est de l’apprentissage par la pratique. En manipulant les images et en créant, les enfants appréhendent et comprennent davantage le 7e art, pour en faire des spectateurs avertis et critiques. C’est pour cela que l’on met en place les jurys, pas tant pour la compétition, mais surtout pour les accompagner et les aider à acquérir un regard critique sur les images.