Bruno De Lescure, symbole du combat contre les grands projets d’urbanisme

Par | Publié le 10 avril 2015

BrunoDeLescure

« La foire permet le brassage de différentes populations, il faut qu’elle continue à avoir lieu. » – Bruno De Lescure, à la tête du collectif Vivre à Grenoble, à la Foire des Rameaux. Photo: Hélène Rocco

 

À 49 ans, Bruno De Lescure est à la tête du collectif « Vivre à Grenoble » qui se bat contre les projets immobiliers « déraisonnables ». Un an après l’élection d’Éric Piolle, ce responsable associatif constate l’absence de dialogue entre la population et la nouvelle municipalité en termes d’urbanisme.

Élu il y a un an, l’écologiste Éric Piolle se retrouve à la tête d’une grande ville et doit jouer le rôle d’aménageur urbain. Certains projets, initiés par la précédente municipalité socialiste, suscitent encore la polémique parmi les Grenoblois. Le maire, qui s’est engagé dans sa campagne à garder une ville à taille humaine, doit faire face aux contestataires. Bruno De Lescure incarne le combat contre ces projets «déraisonnables.» « On ne veut pas d’une densification abusive» assène-t-il. En clair, il faut que Grenoble respire.

Le collectif « Vivre à Grenoble » naît en 2011 de différentes unions de quartier opposées à des projets d’urbanisme plus ou moins importants. Leur mot d’ordre ? Lutter contre la densification excessive et permettre aux habitants de participer à l’élaboration des projets urbains. Ensemble, ces unions de quartier montent une association pour unir leurs forces et pouvoir mener une action en justice contre le projet de ZAC de l’Esplanade. Ce vaste terrain situé à l’entrée nord de la ville, appartenant à l’espace public, fait l’objet d’un plan de renouvellement urbain contesté. Objectif du projet : ériger une tour de 100 mètres de haut au milieu d’immeubles, accueillant au total un millier de logements répartis sur 29 hectares. La fête foraine des Rameaux qui s’y tient chaque année en avril est alors menacée de disparaître. Pour Bruno De Lescure, diplômé d’architecture, « la foire permet le brassage de différentes populations, elle amène de la mixité sociale au cœur de la ville, il faut qu’elle continue à avoir lieu.» Conserver un espace public vide est essentiel à toute ville, selon lui. « En urbanisme, on appelle ça un espace de réserve ».

Après avoir rassemblé 21.000 signatures contre la ZAC de l’Esplanade, le collectif profite des élections municipales l’an dernier pour interpeller les candidats sur le sujet. « Il n’était pas question d’appeler à voter pour tel ou tel candidat. On a juste souhaité informer les électeurs sur la position de chacun» explique Bruno De Lescure. Éric Piolle, au même titre que le candidat UMP, Matthieu Chamussy, s’oppose à la construction de bâtiments dans l’Esplanade. L’écologiste assure aussi qu’il ne souhaite pas augmenter le nombre d’habitants de la ville. Une fois élu pourtant, difficile pour lui de continuer à soutenir le combat de « Vivre à Grenoble ». Si le maire abandonne la construction sur l’Esplanade comme promis, le nombre de logements, lui, reste identique et la concertation n’est toujours pas à l’ordre du jour, au grand regret du militant. « La mairie vient seulement de lancer une phase de “co-construction” avec les habitants : un an après son arrivée au pouvoir, c’est plutôt lent…»

Ailleurs, d’autres sites posent problème comme à Berriat, quartier populaire du centre-ville, où les habitants s’opposent à un projet de réaménagement de bâtiments anciennement occupés par un centre de formation pour adultes. « Le promoteur a élargi la rue pour pouvoir construire des immeubles plus hauts. Nous voulons que le quartier garde le même visage. Avant son élection, Eric Piolle nous soutenait, depuis, c’est silence radio» regrette Bruno De Lescure. Prochain combat pour « Vivre à Grenoble » ? Réunir 2.500 signatures contre le projet Araymond qui prévoit la construction de 300 logements dans 6 immeubles de 7 étages, sans avoir concerté les habitants. Car Éric Piolle s’y est engagé ; avec autant de signatures, le conseil municipal pourra être saisi sur le sujet. « Pour le moment, le maire s’est couché face à Araymond, les remerciant d’avoir un peu diminué le nombre d’étages. Mais on n’a pas dit notre dernier mot.»

Hélène Rocco