Demandeurs d’asile : des filleuls comme les autres

Par | Publié le 23 octobre 2015

Au sein de l’Association de parrainage républicain des demandeurs d’asile (APARDAP) installée à Grenoble, les migrants en quête de soutien deviennent les filleuls de parrains ou marraines prêt(es) à s’investir. Rencontre avec Christine et Mao, une bénévole et un demandeur d’asile qui habitent ensemble depuis dix mois et se considèrent aujourd’hui comme des «  colocataires ».

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A priori, tout les sépare. Mao, 23 ans, Guinéen venu trouver refuge en France en août 2014 pour échapper à une famille musulmane très pratiquante, et Christine, 55 ans, en recherche d’emploi, auraient pu ne jamais se croiser. Et pourtant, le filleul et sa marraine viennent aujourd’hui prêter main forte aux permanences hebdomadaires de l’APARDAP. Accueil des migrants, orientation dans les démarches administratives, constitution des dossiers… au sein de cette association iséroise qui a vu passer plus de 1300 filleuls depuis sa création en 2003, tout est fait pour aider les demandeurs d’asile.

La rencontre entre la Française et le Guinéen, un jour de septembre 2014, tient au hasard : Christine participe à un événement organisé par une association pour le développement de la culture guinéenne dont elle est membre, Mao en assure bénévolement la sécurité. Ils sympathisent autour de la culture africaine, qui passionne Christine.

Mao, qui est à la rue depuis un mois, lui fait aussi part de ses difficultés : il attend les retours de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) sur sa demande d’asile, déposée grâce aux conseils de la communauté guinéenne et de La Relève, une association spécialisée dans l’aide aux migrants. Le soutien de Christine est donc le bienvenu à l’époque : « Concrètement, je l’aide dans la constitution des dossiers, les démarches à la préfecture, à Pôle Emploi ». Christine l’héberge aussi à l’occasion dans sa grande maison d’Eybens.

Les démarches administratives sont-elles facilitées pour les demandeurs d’asile accompagnés de citoyens français? Christine en est convaincue : « On l’a vu pour le titre de séjour. Mao voulait passer par La Relève mais on s’est déplacés parce que je trouvais que l’association traînait des pieds. On a obtenu le renouvellement en une demi-heure. Avec un peu de sens pratique, on fait avancer les choses. »

En janvier 2015, Mao s’installe à plein temps dans la grande maison d’Eybens, que les enfants de Christine viennent de quitter. Bien qu’il touche l’allocation temporaire d’attente de 340 euros par mois fournie par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), Mao n’a pas légalement le droit d’exercer une activité tant qu’il n’aura pas obtenu le statut de réfugié. « J’ai travaillé au noir mais j’ai décidé d’arrêter. J’aimerais travailler normalement, comme tout le monde, pouvoir cotiser ».

« On est une association de malfaiteurs »

En juin dernier, Mao a passé son entretien individuel à l’OFPRA, une étape cruciale pour tout demandeur d’asile puisqu’elle permet de défendre son dossier devant l’organisme. Christine a rejoint l’APARDAP au même moment, estimant que « cet engagement était une suite logique ». Quatre mois après, ils n’ont toujours pas obtenu de réponse.

Le plus dur? Ils le disent d’une même voix : « C’est l’attente. » Mao explique : « Tant que je n’ai pas de réponse, je ne peux pas travailler. Je suis bloqué dans une routine qui consiste à relever son courrier et à aller à la préfecture ». Christine ajoute : « On est en état de suspens [...], on est pieds et poings liés ». Un « on » à double sens pour la demandeuse d’emploi, licenciée après avoir passé 30 ans dans la même entreprise. « A mon âge, c’est difficile de trouver un travail. Donc je me suis dit : ‘Tant qu’à faire, autant utiliser ce que je reçois de Pôle Emploi pour me rendre utile.’ On est une association de malfaiteurs! »

Mao ne cache pas sa reconnaissance pour son hôte : « Elle s’est sacrifiée pour moi, elle partage mes inquiétudes, mon stress. » De son côté, il écoute les confidences de Christine, les frustrations rencontrées dans sa recherche d’emploi. Leur cohabitation se passe bien, au point que Christine préfère parler de « coloc ». Dans un sourire, Mao précise : « On fait tout ensemble : la promenade du chien, les courses… »

« Disons-nous la vérité »

Lorsqu’elle entend Mao affirmer qu’il a appris beaucoup de choses et découvert une autre culture en l’espace d’un an, Christine, qui porte, comme son filleul, les couleurs de la Guinée dans ses cheveux, ne peut s’empêcher de le taquiner : « Il a surtout appris à abandonner le riz pour les pommes de terre, c’est quelque chose quand même! »

Leur vie en communauté n’est évidemment pas exempte de tensions. Mais, dans l’ensemble, leur relation est basée sur la franchise : « On se respecte, on admet nos différences et on apprend de l’autre. » Christine ne cache pas non plus ses réserves : « J’avoue que ça aurait posé problème s’il était profondément musulman. Je n’aime pas les intégristes, donc ça n’aurait pas pu marcher, moi-même étant athée. » Mao hoche la tête : aujourd’hui, sa tante est la seule personne avec qui il a gardé contact.

Le jeune homme se montre critique de certains demandeurs d’asile : « Quand tu es dans notre position, tu dois comprendre que tu n’es pas chez toi et donc que tu acceptes les règles du pays où tu te trouves. » Sa marraine le reconnaît : « C’est aussi une raison qui fait qu’on s’entend bien : Mao n’a pas d’idée négative du pays qui le reçoit, contrairement à d’autres demandeurs d’asile. »

Son futur, Mao l’imagine chaque soir lorsqu’il recherche sur Google les différents métiers qui s’offrent à lui. Il compte aussi écrire un livre avec Christine : « On l’appellera : ‘Disons-nous la vérité’. Parce qu’il y a plein de choses qu’on ignore des deux côtés, chez les natifs et chez les demandeurs d’asile, alors qu’il suffirait de communiquer. »

Que la réponse de l’OFPRA soit positive ou négative, Mao veut continuer sa colocation avec Christine : « C’est mon souhait. On est une famille maintenant ». Pince-sans-rire, sa marraine ajoute : « Et puis mon chien va déprimer s’il s’en va. »

Alexis Orsini

Qui peut demander l’asile?

Parmi les trois types d’asiles différents (conventionnel, constitutionnel et protection subsidiaire), le plus répandu reste l’asile conventionnel. Selon la Convention de Genève de 1951, peut demander l’asile (et devenir « réfugié ») toute personne qui, « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ».