Fac abandonnée ou irradiée ?

Par | Publié le 30 novembre 2018

 Quelques mètres en dessous de la Bastille, l’ancien institut de géologie continue d’attirer les visiteurs. Rien n’a changé depuis cette photo prise en 2017. Crédit : Ludovic Séré


Quelques mètres en dessous de la Bastille, l’ancien institut de géologie continue d’attirer les visiteurs. Rien n’a changé depuis cette photo prise en 2017. Crédit : Ludovic Séré

En 2014, le journal grenoblois le Postillon révélait qu’un des bâtiments des fac abandonnées en dessous de la Bastille présentait un taux de radioactivité “3000 fois supérieures à la moyenne”. Des pierres naturellement radioactives étaient stockées à l’ancien de géologie et n’avait toujours pas été évacuées. Depuis, plusieurs chantiers de décontamination ont eu lieu mais quelques doutes planent encore sur ce bâtiment très fréquenté. Retour sur l’affaire.

Cadavres de bouteilles de bières, bombes de peintures et mégots récemment jetés : l’ancien bâtiment de géologie de l’UGA, aussi appellé “fac abandonnée” est clairement devenu un lieu privilégié pour de nombreux “squatteurs”. Pourtant, il y a quatre ans, un fort taux de radioactivité avait été détectée sur les lieux. Plus récemment, en 2016, l’Agence de Sûreté du Nucléaire (ASN) publiait un rapport en précisant que des travaux d’assainissements restaient à mener.

Un collectionneur de pierres radioactives

En 1961, un institut de géologie de l’ancienne université Joseph Fourier voit le jour quelques mètres en dessous de la Bastille. Au fil des années, des géologues stockent dans l’institut des minéraux rares provenant des quatre coins du monde. Parmi eux, certaines sont des pierres “naturellement” radioactives  et présentent une radioactivité naturelle plus forte que la moyenne. Dans les années 2000, le bâtiment, peu accessible et loin du campus, se vide progressivement et les laboratoires sont définitivement délocalisés à Saint-Martin-D’Hères en 2011. Mais les collections de pierres restent cependant dans le bâtiment. Le lieu devient alors un lieu de squat de jeunes grenoblois, grimpant sur le bâtiment pour graffer ou profiter de la vue.

L’université Joseph Fourier,  encore propriétaire du lieu à l’époque, attendra 2013 pour procéder à la décontamination du site en faisant appel à L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). Cette dernière envoie sur place une entreprise sous-traitante, D&S. Un premier chantier a alors lieu sur l’ancien institut de géologie. C’est à ce moment qu’un salarié de D&S, décide d’alerter le journal grenoblois “Le Postillon”, sur la problématique du site. Il pense avoir été “irradié” lors du chantier. Les journalistes du Postillon mènent alors l’enquête et se rendent sur place avec des appareils pour tester la radioactivité du site. Selon eux, l’irradiation y est par endroit “3 000 fois supérieure à celle que l’on trouve en temps normal”.

En septembre 2014, après un second chantier, les derniers minéraux radioactifs sont évacués. L’Andra conclut qu’il n’y a “pas de radioactivité anormale” sur le site. Depuis 2014, l’organisme a récolté 1 tonne de déchets radioactifs provenant du bâtiment Dolomieu. Même si cela peut paraître important, “ce n’est pas beaucoup, c’est un chantier de déconstruction donc, cela représente un grand volume”, précise Anne Brodu, chargée de communication de l’Andra.

Une décontamination incomplète ?

Toutefois, un rapport de l’ASN datant du 5 avril 2016, semble montrer que tous les déchets n’avaient pas été évacués et qu’il restait des zones à traiter. Aujourd’hui, certaines associations Iséroises s’inquiètent de l’état du site, qui continue à être très fréquenté. Roland Desbordes, administrateur et ancien directeur de la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (CRIIRAD) s’interroge : “ Avant l’assainissement, les cailloux ont été éparpillés, c’est certain. Est-ce que les décontamineurs ont bien fait le tour du bâtiment, ont-ils vérifié tous les murs, suivi tout le protocole qui est très coûteux ?”. Il souhaiterait pouvoir réaliser de nouveaux tests mais ne dispose d’aucun mandat pour cela. Le bâtiment ayant été revendu à un promoteur privé à l’été 2016, l’Université de Grenoble-Alpes n’est plus responsable de l’état du site, et le flou demeure donc sur la radioactivité du bâtiment Dolomieu. Contactée par téléphone, l’entreprise D&S, qui a procédé au nettoyage en 2014, n’a pas souhaité communiquer.  L’ASN n’a également pas donné suite à nos sollicitations.

 

Juliana Metheyer et Augustine Peny