Fantin-Latour, le Grenoblois ambitieux qui peignait la sensualité

Par et | Publié le 23 mars 2017

Vous connaissez peut-être la rue Fantin-Latour, celle qui longe les locaux du Conseil départemental de l’Isère, entre le parc Paul Mistral et la place de Verdun. Ou peut-être connaissez-vous le restaurant gastronomique Fantin-Latour, non loin du quartier Sainte-Claire. Mais savez-vous qui est cet homme ? Le musée de Grenoble expose actuellement ses œuvres. Peintre du 19e siècle, Henri Fantin-Latour est né à Grenoble et c’est là qu’il a fait ses débuts. L’exposition a débuté il y a quelques jours au musée et retrace le parcours atypique du peintre. Rencontre, au grè des toiles.

Henri Fantin-Latour, né en 1836 et mort en 1904. Voilà ce que l’on sait quand on consulte brièvement le net. Se pencher sur ses œuvres, c’est en savoir, un peu plus. Des toiles, des dessins, des photographies, l’homme a touché à tout, mais pas n’importe comment. D’échecs au succès, le Grenoblois a marqué modestement son époque.  » Le travail artistique, c’est tout, je veux faire des chefs-d’œuvre, il n’y a rien d’autre. C’est une consolation, c’est la seule chose que peut faire consentir la vie « . Ainsi commence la rencontre avec le peintre au musée de Grenoble. Un homme visiblement sûr de lui, avec des idées précises et des buts à atteindre. Ce sera l’art ou rien. Dès l’âge de 10 ans il se tourne du côté des crayons, grâce aux leçons de son père. A 16 ans, sa première copie est exposée au Louvre. Un bon début pourrait-on dire.

De l’ambition et du narcissisme

Pour commencer sa carrière, Fantin-Latour fait ses essais sur lui-même. Une série d’autoportraits, à l’encre, à l’huile, il essaye tout. S’il choisit de se représenter sur ses propres tableaux, c’est pour imposer son style. Un brin narcissique le Grenoblois ? A chacun de juger. Le peintre prend une place dans l’ère artistique de son temps. Avec un statut introspectif, plutôt individualiste, ses portraits restituent son propre visage avec des effets dramatiques. Et puis, comme pour ne pas se heurter trop vite au monde, ce sont ses sœurs, Marie et Nathalie qui lui servent de modèles. Elles posent pour lui, parfois sans vraiment le vouloir. Ce sont des modèles correspondant à ses besoins, des modèles silencieux, sur lesquels il ne pose aucun sentiment lorsqu’il les peint. Dès lors, Fantin-Latour s’impose dans la retranscription de la sensualité, avec des portraits de femmes, sur lesquels il pose un regard particulier. Il s’essaye également aux natures mortes : bouquets et fruits, scènes de vie retranscrites à travers le pinceau. Les fleurs lui réussissent plutôt bien. Ce qui le conforte à présenter ses œuvres au Salon en 1859… Premiers échecs pour le peintre grenoblois, qui ne reçoit pas la reconnaissance escomptée.

Il part en Angleterre, rejoindre son ami James McNeill Whistler. Ses amis anglais le poussent à reprendre les natures mortes. C’est donc à Londres qu’il dessine ses bouquets, des fleurs qui font partie intégrante de son nouveau projet. Un nouveau pas dans l’art de peindre la sensualité, en montrant des bouquets parfaitement établis. Ce sont en tout 500 tableaux de fleurs que fera Fantin-Latour. On lui reconnaît d’ailleurs une aptitude toute particulière à composer des bouquets. Il fera notamment une nature morte particulière en 1869 : « Nature morte dite de fiançailles » pour sa future épouse, Victoria Dubourg. Pour se rapprocher de ses maîtres, ce sont les portraits de groupes qui occupent ensuite son temps, jusqu’en 1872. Une grande sortie du cocon familial pour Fantin-Latour. L’année 1870 fait vivre au peintre grenoblois une série diverse d’émotions : une nouvelle présentation au Salon avec sa réflexion sur sa toile « Toast  » est un nouvel échec, tandis que Manet approuve son travail face à l’œuvre « L’Atelier aux Batignolles« . « Coin de table » marque quant à elle la consécration de son travail. Enfin la consécration, pour l’ambition de Fantin-Latour.

Ces natures mortes révèlent les qualités d’observation de l'artiste. Elles deviendront sa meilleure source de revenus. © R.C

Ces natures mortes révèlent les qualités d’observation de l’artiste. Elles deviendront sa meilleure source de revenus. © R.C

De la sensualité, avant tout

Toutefois, le peintre grenoblois n’oublie pas ce par quoi tout est arrivé : les portraits. Mais cette fois, ce n’est plus de lui dont il s’agit. Le plus célèbre des peintres grenoblois change l’orientation de son regard et s’ouvre encore à ses proches. Après la précision des natures mortes, il retourne à l’exercice difficile des portraits, où l’on retrouve l’idée de la sensualité. Ce sont sa femme et ses belles-sœurs qui sont l’objet de ses travaux. A force de travail, son nom devient connu. Il finit même par refuser des commandes de portraits : il veut être libre de ses créations et ne pas être bridé par des demandes précises. Riche de son apprentissage et plus en confiance, il tente une nouvelle fois de faire valoir ses œuvres au Salon en 1876 avec le tableau « L’Anniversaire« . Encore un échec. Décidément, ce Salon en aura fait voir au Grenoblois.

Pour compléter son œuvre, Fantin-Latour s’essaye à la photographie. Et avec des modèles pour le moins particulier. Si le peintre s’était cantonné aux portraits et aux natures mortes pour ses croûtes, ses photographies sont toute autre. Ce sont plus de 1 400 photographies de nus féminins que Fantin-Latour réalisera jusqu’à la fin de son travail. Une dimension inattendue pour l’artiste. Des femmes, des fleurs, des portraits resserrés… Finalement, Fantin-Latour semble avoir été guidé tout au long de son œuvre par la sensualité. Peut-être contre le gré de son ambition, c’est cela que l’on retient du peintre grenoblois.

A savoir : L’exposition « Fantin-Latour. A fleur de peau » est en place au musée de Grenoble jusqu’au 18 juin. Elle a été précédemment présentée au musée du Luxembourg à Paris. L’exposition est co-produite par la Réunion des musées nationaux et le musée d’Orsay. Certaines œuvres inédites sont dévoilées par le musée de Grenoble.