Franck Bucari, le Summum en plein cœur

Par | Publié le 22 décembre 2018

Le Summum souffle cette année ses 30 bougies. Dans la grande salle grenobloise, Franck Bucari a presque tout connu. Voilà maintenant près de 25 ans que ce régisseur œuvre dans l’ombre pour que d’autres soient dans la lumière. Entre petites anecdotes et souvenirs mémorables, il raconte son quotidien.

Summum avant post

Au Summum, au milieu des mythiques fauteuils bleus, Franck Bucari est chez lui. Photo : Félix Gabory

 

Ce matin-là, Franck Bucari l’avoue : il est « plutôt tranquille ». Pourtant, sa douce sonnerie de téléphone portable -l’hymne de la Ligue des Champions- devrait sonner à de nombreuses reprises. Le soir-même, Brigitte, le groupe, s’invite sur la scène du Summum. Mais le régisseur ne s’affole pas. Il n’aura « que » deux semi-remorques à décharger lorsque la production arrivera avec tout le matériel. Une broutille. « Calogero, il y a deux semaines, c’était huit camions, s’amuse le Grenoblois. Des artistes comme Jean-Jacques Goldman, ça peut même monter jusqu’à 16. Mais, en restant bien organisé, je m’en sors toujours ! »

Assurer toute la logistique, préparer les loges, s’occuper de l’électricité et veiller à ce que les artistes se sentent comme chez eux : tel est le quotidien de Franck Bucari depuis août 1994. Et pourtant, rien ne le prédestinait à faire carrière dans le monde du spectacle. « Avant d’arriver ici, j’ai un peu tout fait, sourit-il. J’accumulais les petits boulots : chaudronnier, ouvrier sur les chantiers… » Puis, un jour, il est embauché à Alpexpo grâce à une amie. « Au départ, je m’occupais de l’entretien des locaux. Mais six mois après mon arrivée, le régisseur du Summum, en place à l’époque, est parti. On m’a alors proposé le poste. J’ai accepté sans trop savoir dans quoi je m’embarquais. »

Grands souvenirs et petites galères

Le Grenoblois va vite découvrir les dessous du métier. En tête, le plaisir de côtoyer les célébrités de près. Depuis 25 ans, les souvenirs impérissables s’accumulent. « L’un de mes meilleurs, c’est la soirée qui avait été organisée pour fêter le retour des médaillés olympiques de PyeongChang (le 26 février 2018, ndlr). Il y avait la Ministre, tous les plus grands athlètes et une ambiance de fête. C’était mémorable ! » D’autant plus que la soirée avait bien mal commencé… «  Ce jour-là, c’était une galère sans nom. L’avion de la délégation française avait beaucoup de retard. Jusqu’au dernier moment, on a failli annuler et renvoyer plus de 3500 personnes chez elles. »

Les galères : c’est d’ailleurs ce qui rend le métier de Franck Bucari d’autant plus passionnant à ses yeux. Comme ce jour où le régisseur a dû faire face à une panne d’électricité juste avant un concert de Renaud. « Mon plus grand plaisir, c’est quand je me donne du mal et que, finalement, tout se passe bien et que la soirée se déroule sans encombre. Et puis, avec le temps, j’ai appris à garder la tête froide et à ne plus stresser. »

Parfois, Franck Bucari tisse même des liens avec les artistes. « Ça m’est arrivé de jouer au foot avec Sinsemilia ou au basket avec Tracy Chapman », jure-t-il. «  La plupart des artistes sont très abordables. Et c’est vrai que, parfois, j’ai un peu de mal à rentrer chez moi après avoir passé de tels moments dans les coulisses»

« Il y en a qui pourrissent les loges »

Mais être régisseur, c’est aussi voir l’envers du décor. Notamment les quelques excès dans les loges. « Je suis toujours autant surpris par les quantités d’alcool que les artistes réclament. » Preuve à l’appui, le régisseur brandit l’une des fiches techniques envoyée par une production, où figurent toutes les exigences des artistes. « Champagne, whisky… Vous voyez, ils demandent même des marques précises ! Et j’ai pas intérêt de me tromper… » Même après tout ce temps, les comportements de certains artistes l’agacent toujours. «  Il y en qui pourrissent les loges ! Leurs techniciens ne sont pas non plus en reste. Quand ils prennent leur douche, je retrouve des tas de serviettes mouillées un peu partout. Mais bon, ils payent pour louer la salle donc c’est comme ça. »

Malgré tout, Franck Bucari ne changerait de métier pour rien au monde. « J’aime cette salle. Même si elle a beaucoup vieilli et qu’elle ne peut plus accueillir d’aussi grosses têtes d’affiche que par le passé, elle est unique en son genre. Ces sièges bleus, cette ambiance intimistes que tous les artistes chérissent… »

Mais à 58 ans, il s’apprête tout doucement à passer le flambeau. Pas question pour autant de couper complètement avec le monde du spectacle. Sa reconversion est déjà toute trouvée : « Depuis plusieurs années, je profite de la longue fermeture d’été du Summum pour travailler dans quelques festivals. Je ne me sens même pas au boulot car je suis en tongs toute la journée ! Et puis, à terme, je profiterai de ma retraite pour aller voir des concerts juste pour le plaisir. Arrivé dans une salle les mains dans les poches et simplement s’asseoir pour profiter du spectacle, c’est bien, aussi ! »

Félix GABORY

 

Le Summum en bref

Le Summum a été inauguré en 1988 à l’emplacement de l’ancien aéroport de Grenoble-Mermoz (fermé en 1968). Le 2 février 1988, le groupe Indochine est le premier à monter sur la toute nouvelle scène grenobloise. Aujourd’hui, le Summum peut accueillir jusqu’à 5000 personnes en configuration assises/debout, lorsque la fosse est débarrassée de ses sièges. C’est la deuxième plus grandes salle de l’agglomération grenoblois, derrière le Palais des sports. La salle de spectacle est gérée par Alpexpo, société financée dans son intégralité par des fonds publics.