Le gamer crève l’écran

Par | Publié le 14 février 2015

Début avril, les amateurs de sport électronique (esport) auront enfin un lieu où exprimer leur passion, avec l’ouverture du Meltdown bar, un établissement dédié à l’univers du jeu vidéo. Grenoble sera la huitième ville française à accueillir la franchise. Déjà exportée à Londres, Berlin, ou encore Liège, la formule, bien rodée, est un succès. Reste à savoir si la communauté de joueurs grenobloise est assez importante pour faire de ce lieu un « rendez-vous des geeks », comme le veulent ses trois fondateurs.

Un écran pour le chat instantané avec les spectateurs, un autre pour le jeu (ici, Minecraft), un troisième pour le rendu de la diffusion du live... Le streamer SoulsStealer, dans les locaux de la Gaming Room, doit gérer tous ces paramètres, tout en assurant l'animation. Photo : Ivan Capecchi

Un écran pour le chat instantané avec les spectateurs, un autre pour le jeu (ici, Minecraft), un troisième pour le rendu de la diffusion du live… Le streamer SoulsStealer, dans les locaux de la Gaming Room, doit gérer tous ces paramètres, tout en assurant l’animation. Photo : Ivan Capecchi

 

Exit l’image du geek boutonneux, retranché dans sa chambre, qui fuit le moindre rayon de soleil. Aujourd’hui, le « gamer » est tendance. Dans son dossier du mois de février, le référent en mode masculine GQ qualifie même le joueur de World of Warcraft de « bon manager », par sa capacité à « passer en revue un nombre hallucinant de stratégies, puis mettre en œuvre la meilleure d’entre elles sur un mode coopératif, dans le but de mener à bien des raids dévastateurs.»

Certaines marques n’ont pas attendu pour surfer sur la vague. En 2012, à Paris, trois passionnés de jeux vidéo fondent un établissement uniquement dédié à l’esport. Le concept ? Siroter sa bière en regardant les plus grandes compétitions de sport électronique dans le monde, entre deux parties de jeux en ligne. Très vite, d’autres amateurs du genre ont voulu exporter le concept dans leurs villes respectives. La franchise Meltdown était née. Tristan, Alizée et Léo – tous les trois la vingtaine – ont choisi Grenoble pour se lancer dans l’aventure.

Une formule bien rodée

L’établissement reprendra les bases instaurées par Paris : « comme pour la capitale, il y aura des PC – une dizaine – et des consoles, précise Alizée. Chaque soir sera dédié à un jeu différent, pour que toutes les communautés soient représentées. Occasionnellement, des soirées seront organisées en collaboration avec des gros sponsors, tels que les éditeurs Blizzard ou Riot. Des “ vedettes du monde du jeu vidéo ” seront aussi présentes de temps à autre. » C’est sur ce dernier point que l’avantage de la franchise est le plus net. Le succès du concept doit en effet beaucoup à la venue de stars du monde du jeu vidéo. Stephano, l’un des trois meilleurs joueurs français du jeu de stratégie Starcraft, ou encore Luffy, champion du monde du jeu de combat Street Fighter IV, font par exemple partie des joueurs sponsorisés par la marque.

Grenoble aussi a son lot de têtes d’affiche. A Meylan, une structure uniquement dédiée au streaming – la Gaming Room Tv – a été créée en 2013. Pour les néophytes, le streaming consiste à commenter en direct une partie de jeu vidéo diffusée sur Internet. La plateforme de streaming la plus connue – Twitch – revendique plus de 45 millions d’utilisateurs. Récemment, Amazon a racheté la marque pour un montant de 970 millions de dollars.

Si la version grenobloise de Twitch n’a pas encore atteint de tels sommets, elle n’a pas à rougir des mastodontes du marché du numérique. Ses bureaux ont tout d’un  Google miniature :  table de poker trônant au centre de la pièce, salle détente, écran plat, frigidaire, four, abonnement à Netflix et Canalsat… « Ici, c’est un peu une auberge de jeunesse », plaisante Nicolas Miribel, son cofondateur.

Les streamers qui viennent jouer ne paient pas la structure, mais sont ponctionnés sur une partie de leurs revenus publicitaires. La formule attire, et certains n’hésitent pas à venir de loin pour s’installer à Grenoble et profiter des locaux. Parmi eux : MrElvilia, fraîchement débarqué de Tours, ou encore As2piK , originaire de Suisse. Tous deux comptent parmi les YouTubers connus du petit monde du jeu vidéo, dépassant, chacun, les 150 000 abonnés sur leurs chaînes. A noter également la présence du champion d’Europe de Battlefield 4 sacré en mai dernier, ou encore de PopiGames, YouTubeuse de 15 ans spécialisée dans le jeu de survie-exploration Minecraft, originaire de la région, qui est déjà venue enregistrer un live dans les locaux de la Gaming Room.

A n’en pas douter, tous seront des clients réguliers du Meltdown Bar. A commencer par MrElvilia : « je serai un client fidèle. Cela combine mes trois passions : le gaming, le côté bar, et les burgers ! » « On aime sortir, complète As2piK. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, on ne fait pas 200 kilos chacun, on n’a pas d’acné… et on a même des copines ! » Pour Nicolas Miribel, qui côtoie les streamers au quotidien, ce sont « des gens très matures », qui ont cette « faculté d’être des leaders d’opinion. » et qui « savent l’impact qu’ils peuvent avoir » sur leurs spectateurs. Il conclut : « ce sont des personnes qui créent chaque jour, et qui ne cessent de se creuser la tête pour proposer toujours plus de contenu de qualité. »

Cybercafé, bar esport : même combat ?

La récente fermeture du renommé cybercafé Atlanteam à Grenoble soulève quelques questions quant à la pertinence d’ouvrir prochainement un bar dédié à l’esport. Alizée et Léo estiment que les deux activités n’ont pas grand chose à voir : « Le cybercafé traditionnel fait de l’argent en vendant une connexion à Internet. Les premiers cyber qui ont ouvert avaient du joli matériel, étaient mieux équipés qu’un particulier. Aujourd’hui, n’importe qui peut se procurer du bon matériel pas cher. Surtout, tout le monde a le haut débit chez soi. Nous, on ne se fera pas de l’argent sur le matériel que l’on fournit ou sur les jeux – puisqu’ils seront en libre accès – mais bien sur les boissons et la consommation. »

L'équipe du Meltdown casse les murs pour rendre les pierres apparentes. Une formalité, pour ceux qui ont l'habitude de casser des cubes dans le jeu Minecraft. Photo : Alizée Novikoff.

L’équipe du Meltdown casse les murs pour rendre les pierres apparentes. Une formalité, pour ceux qui ont l’habitude de casser des cubes dans le jeu Minecraft. Photo : Alizée Novikoff.

 

Le Meltdown bar répond également aux besoins d’une communauté qui peine à exercer sa passion à Grenoble, faute d’événements. Rémi, étudiant en Génie électrique et informatique industriel, en sait quelque chose. Ce joueur régulier de League Of Legends (l’un des jeux les plus joués au monde) a monté, mi-janvier, un petit tournoi amateur au centre théologique de Meylan-Grenoble. Il raconte : « on a eu 45 joueurs et 150 spectateurs. Cela peut paraître peu, mais j’ai été étonné de voir autant de monde, car tout a été fait avec les moyens du bord. Les gens ont répondu présent uniquement grâce au bouche-à-oreille ! ». Fort de cette expérience, le jeune homme compte réitérer l’expérience en mars.

L’établissement d’Alizée, Léo et Tristan ouvrira ses portes fin mars/début avril. Le temps pour eux de soigner l’esthétique du bar. Les trois compères le veulent grunge, noire et rebelle. Ah oui, dernière chose : il y aura un ring au milieu du bar pour les parties affrontant deux joueurs. Un ring surélevé.

Ivan Capecchi