Géocaching : une nouvelle chasse au trésor

Par | Publié le 2 avril 2014

Le géocaching est un loisir consistant à retrouver dans la nature, à l’aide d’un GPS, des boîtes cachées par d’autres personnes. Des millions de passionnés entretiennent ce jeu à travers le monde. A Grenoble, ils seraient une cinquantaine à y participer activement. Reportage avec deux d’entre eux, qui ne se croisent que par « caches » interposées.

Un logbook trouvé dans l'une des caches. Photo J.B.

Un logbook trouvé dans l’une des caches. Photo J.B.

Ils arpentent les rues des villes et les chemins de montagne, passent la main derrière les gouttières, cherchent au creux d’une souche d’arbre, se hissent sur la pointe des pieds à la recherche d’une aspérité dans un vieux mur de pierres. Si vous les croisez, rassurez-vous. Ces drôles d’individus sont peut-être simplement des « géocacheurs », des chercheurs de trésor d’un nouveau genre. Leur loisir commence sur un site internet  – geocaching.com – où des membres de la communauté mettent en ligne les coordonnées géographiques (latitude et longitude) de petites boîtes dissimulées par leurs soins. Pour les retrouver, il faut s’équiper d’un appareil GPS, et au besoin, lire les indices laissés par le créateur de la « cache ». A l’intérieur de celle-ci, rien de plus qu’un carnet pour noter son passage et quelques bibelots à échanger, mais pour les passionnés de Géocaching, la quête est un but en elle-même.

Le géocaching est souvent l'occasion de faire des découvertes historiques. Ici, "Vilcanota" a placé une géocache près du "carré magique" gravé sur une porte moyenâgeuse dans les ruelles du centre-ville de Grenoble. Photo J.B.

Le géocaching est souvent l’occasion de faire des découvertes historiques. Ici, « Vilcanota » a placé une géocache près du « carré magique » gravé sur une porte moyenâgeuse dans les ruelles du centre-ville de Grenoble. Photo J.B.

Xavier, alias Vilcanota, est un pilier de cette communauté. Depuis 2007, il a trouvé plus de 13 000 caches à travers le monde et prend ainsi la troisième place du podium des « géotrouveurs » français. Mais il en a également placé 625, principalement autour de Grenoble. Aujourd’hui, il part « entretenir » ses caches du centre-ville. « Le propriétaire s’occupe de la maintenance » explique avec sérieux ce chef de projet informatique. La première boîte, planquée entre deux pierres des anciennes murailles de Grenoble, semble toujours étanche. « Il ne faut laisser ni nourriture ni publicité », égrène Xavier en retirant les objets inopportuns laissés par les précédents visiteurs. Il ajoute en revanche un crayon et un tour de cou qui pourront faire l’objet d’un échange. Après avoir remplacé le « logbook », rempli de noms et de dates, il est temps de remettre la boîte en place et de marcher jusqu’aux prochaines. Une ancienne poudrerie, une porte moyenâgeuse, un pont traversant l’Isère : ce Géo Trouvetout prend le temps de s’arrêter à des endroits que d’autres ne verraient plus. A chaque fois, les gestes se répètent : (re)trouver la cache, faire l’inventaire de son contenu et la replacer délicatement, sans être vu par les « Moldus », ces passants qui ne connaissent pas les règles du jeu. « Il faut être discret », prévient Xavier en jetant un œil aux alentours. Il arrive souvent que des caches disparaissent, sans qu’il soit possible de définir la part de vandalisme ou d’ignorance des fouineurs.

 De la technologie militaire aux activités ludiques

En ville, les caches sont généralement très petites. C'est l'occasion de recycler les vieilles boîtes de pellicule. Photo J.B.

En ville, les caches sont généralement très petites. C’est l’occasion de recycler les vieilles boîtes de pellicule. Photo J.B.

Le géocaching est né aux Etats-Unis en 2000. Au lendemain de la libération de la technologie GPS par l’armée américaine, un informaticien passionné cache une boîte dans un bois de l’Oregon et publie les coordonnées sur internet, avec la consigne: « Prenez quelque chose, laissez quelque chose ». En quelques jours, plusieurs personnes trouvent la cachette et racontent leur expérience en ligne. Aujourd’hui, les géocaches ont envahi la planète. On en trouve des millions dans le monde, près de 100 000 en France et 228 dans un rayon de 5 kilomètres autour de Grenoble, la cinquième ville française la plus pourvue. La plupart se terrent dans une souche, derrière un monument ou en haut d’un arbre mais certaines sont plus exotiques. L’une d’elles se trouve à 2 300 mètres sous le niveau de la mer, au beau milieu de l’Océan Atlantique. Une autre – la seule mobile – tourne autour de la Terre dans la station spatiale internationale.

 

Le site Mides recense les géocaches en France. Depuis la création du jeu, leur nombre à tellement augmenté qu'il est désormais difficile d'en placer de nouvelles car pour ne pas les confondre, deux caches ne doivent pas se situer à moins de 161 mètres l'une de l'autre. Animation J.B.

Le site Mides recense les géocaches en France. Depuis la création du jeu, leur nombre à tellement augmenté qu’il est désormais difficile d’en placer de nouvelles car pour ne pas les confondre, deux caches ne doivent pas se situer à moins de 161 mètres l’une de l’autre. Animation J.B.

Matthieu Riegler, 23 ans, a découvert le géocaching grâce à des amis, il y a trois ans. Depuis, ce Grenoblois, contributeur régulier de Wikipédia, valide les géocaches les unes après les autres, la tête en l’air, mais jamais sans son smartphone. « C’est une façon de découvrir une ville en dehors des chemins touristiques[…], de se perdre en sachant où l’on va. » Et aussi de rêver : dans une géocache, Matthieu a déposé un jour un « travel bug » : un porte-clé voyageur portant un identifiant unique. Celui-ci est maintenant transporté par d’autres géocacheurs à travers l’Europe. Lorsque l’un deux note la référence en ligne, Matthieu peut suivre son parcours. Ces derniers temps, il était en Allemagne. Un jour, qui sait, reviendra t-il après un tour du monde.

Un trésor bien gardé… et convoité

Les collectivités locales, comme les offices de tourisme comme Sassenage (Isère), organisent des évènements et des parcours dédiés au géocaching pour promouvoir les territoires.

Les collectivités locales, comme les offices de tourisme comme Sassenage (Isère), organisent des évènements et des parcours dédiés au géocaching pour promouvoir les territoires.

Gratuit pour une utilisation sommaire, le site Geocaching.com requiert un compte payant dès lors qu’on veut télécharger plusieurs caches en une seule manipulation (en prévision d’un voyage par exemple) ou recevoir une alerte lorsqu’une cache est déposée à proximité. Coût de l’abonnement : 30 euros par an. Deux applications smartphones sont également disponibles. Là encore, près de 9 euros sont à débourser. Les données géographiques, pourtant générées et vérifiées par des utilisateurs bénévoles, deviennent dès leur soumission utilisables à souhait et irrévocablement par Groundspeak, la société propriétaire du site, qui a créé une boutique de produits dérivés et a déposé la marque Geocaching dans plusieurs pays.

Difficile de savoir quel chiffre d’affaire génère ce marché mais la manne suscite les convoitises. L’entreprise américaine Garmin intègre désormais dans ses appareils GPS un mode Géocaching. S’il est utilisable avec geocaching.com, l’utilisateur est fortement incité à utiliser le site créé par la marque : Opencaching.com. Ce concurrent n’a d’ « ouvert » que le nom. Les données utilisateurs sont, encore une fois, cédées à la marque.