Grenoble se joint à la lutte contre la corruption

Par | Publié le 7 mars 2017

Après un premier rassemblement le week-end dernier, la déclinaison grenobloise du mouvement #StopCorruption remettait ça ce dimanche. Dans la ligne de mire de cette mobilisation citoyenne, François Fillon et Marine le Pen, tous deux mêlés dernièrement à des affaires judiciaires d’emplois fictifs et symboles des dérives commises par certains élus.

Banderole déployée place Victor Hugo où il est inscrit "Hold-up sur nos impôts"

Banderole visant Marine le Pen et François Fillon, déployée place Victor Hugo et sur laquelle on peut lire : « Hold-up sur nos impôts ». Crédits : Thibaut Faussabry

« On a échappé au pire ! » s’exclame avec le sourire un homme plutôt âgé, tout juste arrivé sur la place Victor Hugo. Et pour cause : la grosse averse qui s’abattait avec force sur la ville s’est arrêtée juste avant le début du rassemblement prévu à 15h30.

Les participants arrivent au compte-goutte. Certains se connaissant déjà comme Sarah et Charles se retrouvent, d’autres rejoignent timidement l’assemblée, signalant leur présence d’un simple « bonjour ». Les conversations fleurissent rapidement et le sujet de bon nombre de discussions est le rassemblement organisé par François Fillon, place du Trocadéro à Paris.

La menace d’une nouvelle averse fait hésiter Pascal à déployer ses accessoires confectionnés pour l’occasion. Il sort finalement de sa voiture une banderole, deux pochoirs sur carton et un exemplaire d’une lettre écrite à destination de « nos élus de la République ». Membre du collectif Nuit Debout Grenoble mais venu en tant que citoyen, il dit être ici pour « rassembler les citoyens qui souhaitent s’exprimer sur l’espace public, pour manifester leur ras-le-bol vis-à-vis de ces élus impliqués dans des affaires de corruption. C’est une nécessité et un devoir », martèle-t-il.

A 16h, les arrivées cessent. Au total, une trentaine de personnes sont présentes. Parmi elles figurent des personnes âgées, des étudiants ou encore une famille avec deux enfants.

Un rassemblement qui attire des citoyens déjà engagés

Pascal n’est pas le seul membre d’une organisation citoyenne à avoir fait le déplacement. Daniel, membre du parti Pirate, énonce ses idées pour une meilleure transparence : « Il faudrait que l’agenda et le patrimoine de chaque élu soit accessible facilement par le public, et également imposer un nombre maximum de mandats consécutifs ».

Thierry Labelle est membre d’Anticor, une association ayant pour but de lutter « contre tout type de corruption politique ». Il profite de ce rassemblement citoyen pour distribuer une charte d’intention de voter pour un « candidat éthique » à la prochaine élection présidentielle. « Avant, nous la faisions signer à des élus, mais ces derniers ne la respectaient pas. Pour moi, ce sont les citoyens qui, en s’emparant de cette problématique, vont faire changer les choses. Et non les élus », souligne celui qui était déjà présent au premier rendez-vous.

S’il soutient la démarche initiée par ce rassemblement, il désapprouve le choix de centrer la critique sur François Fillon et Marine Le Pen : « Focaliser ce phénomène sur une ou deux personnes, c’est se tromper de combat. Il concerne bien plus d’élus, de tous les bords politiques et à toutes les échelles », revendique l’Échirollois, tout en mettant en garde contre la pensée du « tous pourris. »

Un mouvement naissant qui connait des problèmes d’organisation

Le rassemblement citoyen qui avait attiré près de 150 personnes le dimanche précédent est loin d’atteindre une telle affluence pour cette deuxième édition. En effet, si la pluie s’est arrêtée, le froid est lui bien présent avec seulement 7 petits degrés au thermomètre, ce qui a « refroidi pas mal de personnes à venir se mobiliser pour l’événement », suppose Pascal. Outre la température, l’intérimaire d’une trentaine d’années pointe également des problèmes de communication : « Les personnes présentes lors du premier rassemblement, et j’en faisais partie, ne se sont pas saisies de l’organisation de cette nouvelle mobilisation ». Le premier rassemblement avait en effet été organisé avec l’aide de Nuit Debout Grenoble et de l’Union syndicale Solidaires. « L’enjeu aujourd’hui est de s’organiser pour devenir indépendant vis-à-vis de ces organisations. Nous, citoyens, devons nous auto-saisir de ce mouvement qui nous appartient », poursuit-il.

Une heure après le début du rassemblement, la pluie refait son apparition. Pascal prend alors l’initiative de réunir toutes les personnes présentes pour recueillir les réactions et organiser la prochaine rencontre. Charles, retraité, souhaite surtout rester indépendant : « Je suis pour une nouvelle mobilisation comme celle-ci mais à condition qu’elle reste l’initiative de citoyens et qu’aucune organisation orientée politiquement ne s’y greffe ». Une revendication partagée par la majorité des personnes à en croire les signes de tête approbateurs de l’assistance. Sandra, commerçante, se charge spontanément de recueillir les adresses mail et comptes Facebook des participants afin d’améliorer la communication autour de la prochaine édition.

La pluie redoublant d’intensité, le débat s’accélère et s’oriente sur le lieu du prochain rassemblement. Sarah en est convaincue  : « Plus de personnes viendront si le mouvement ne change pas d’emplacement et d’horaires ». Personne n’y voit de contrindication, le rendez-vous est donc pris dimanche prochain, même lieu, même heure, « en espérant une météo plus clémente », ironise une vieille dame avant de partir d’un pas pressé se réfugier à l’abri de la pluie.