Grenoble, ville écolo, est-elle devenue pionnière dans la mobilité ?

Par et | Publié le 12 avril 2017

Une mairie écologiste est-elle davantage en mesure d’améliorer la mobilité de ses administrés ? La municipalité dirigée par Eric Piolle s’était engagée, en 2014, à tripler le nombre d’usagers du vélo. Quelles initiatives ont-elles été développées concernant la mobilité depuis, par rapport à d’autres villes françaises ?

Campagne "faites du vélo" sur un tramway à Grenoble en juin 2016. CC : Jvillafruela

Campagne « faites du vélo » sur un tramway à Grenoble en juin 2016. CC : Jvillafruela

 

A l’heure où certaines villes font le choix de favoriser le retour de la voiture en augmentant par exemple le nombre de places de parking, d’autres décident d’améliorer la mobilité douce des usagers. Grenoble et sa mairie écologiste, la première pour une grande ville en France, en fait partie. Dans ses engagements de 2014, l’amélioration des transports et la hausse de l’usage du vélo figuraient en bonne place, avec notamment la volonté de tripler le nombre d’utilisateurs du vélo dans la commune à l’horizon 2022.

Développement et favorisation des modes de transport doux

Parmi les actions de la mairie de Grenoble en faveur des modes de transport doux, on peut citer la décision de passer aux 30km/heure en ville depuis janvier 2016, avec un marquage au sol, pour savoir si la voie sur laquelle les usagers circulent est limitée ou non à 50km/h. Ce marquage est visible sur 80% des routes, contre 25% en 2015. Grenoble est la première grande ville de France à passer ce cap.  Mais si des actions sont bel et bien entreprises, il n’en reste pas moins, précise Olivier Razemon, journaliste et responsable du blog du Monde “L’interconnexion n’est plus assurée”, que “toutes les villes françaises sont en retard, sans aucune exception. Ce sont des villes qui continuent de fonctionner globalement avec le principe de la voiture individuelle pour beaucoup de trajets. En tout cas beaucoup plus que des villes équivalentes en Suisse, dans le Nord de l’Italie, en Allemagne…où la part modale du vélo peut atteindre 30% quand en France les championnes sont autour de 10-15%”. Si ces comparaisons ne sont pas à prendre au pied de la lettre, elles donnent une idée des tendances françaises sur ce point.

Et pour combler ce retard européen, la mairie de Grenoble ne reste  pas inactive. Ainsi, de nombreuses mesures incitatives vers le vélo ont été mises en place : amélioration des itinéraires, installation d’arceaux (900 au total) et de bornes pour regonfler ses pneus… Pour sécuriser le centre-ville à la circulation “douce”, le conseil municipal souhaite encourager le recours aux véhicules électriques pour effectuer les derniers kilomètres de livraison.
Mais encore une fois, les succès de la mairie écologiste sont à nuancer. La gratuité des transports pour les jeunes, promise par le candidat Eric Piolle, a été reportée, malgré une première baisse effective du tarif des abonnements 18-25 ans de 44%. La mairie de Dunkerque de son côté est allée jusqu’au bout de ses engagements: en septembre 2015 la gratuité totale des transports en commun était annoncée pour 2018. Et a priori le report de la mesure n’est pas prévu. De quoi véritablement pousser les Dunkerquois à abandonner la voiture.

 

Des usagers du cycle de plus en plus nombreux

Conséquence de ces mesures visant à favoriser les modes de transports doux, une hausse du nombre de cyclistes. La municipalité Piolle s’était engagée en 2014 à tripler le nombre d’usagers du vélo. L’objectif semble atteint puisqu’en 2015, selon les chiffres du recensement INSEE cité par Olivier Razemon, ils sont 15,2%, contre 7% en 2014. Est-ce toutefois du seul fait de la nouvelle tendance politique de la mairie ? Pas si sûr.  Olivier Razemon voit lui cette hausse comme une conséquence de l’exemple Piolle plutôt que comme la conséquence des politiques d’une mairie écologiste: « C’est évident que de voir le maire se déplacer à vélo dans sa ville engage une réflexion auprès des citoyens. Pourquoi lui et pas moi ? Et cet effet, on peut le voir dans d’autres villes qui prônent le vélo comme Nantes et Paris: ces deux communes annoncent vouloir développer l’utilisation de cycles mais les maires en parlent de manière détachée sans donner l’exemple. Conséquence: le vélo ne décolle pas”. Et si l’on compare Grenoble avec des villes d’envergure relativement égale, toutes choses égales par ailleurs, on peut s’apercevoir que les villes faisant effectivement la promotion du vélo et dans lesquelles il est pratiqué, ne sont pas gérées par des mairies écologistes. Le recensement en question montre que la tendance à utiliser les modes de transports doux, dont le vélo, est à la hausse dans de nombreuses villes de France. Plusieurs agglomérations aux majorités politiques PS ou LR suivent la même voie. Strasbourg (PS) est ainsi la championne, avec 16% d’utilisateurs réguliers du vélo, tandis qu’à Bordeaux c’est la majorité de droite d’Alain Juppé qui soutient ce mode de déplacement.

 

 

 

Par ailleurs, le service grenoblois de Metrovélo est passé à la tarification solidaire, et a vu son nombre de locations doubler, pour atteindre 7 000 deux-roues aujourd’hui en circulation. A Strasbourg, le service équivalent, nommé Velhop, met environ 5 000 cycles en location.

Dans la capitale dauphinoise, comme ailleurs, le vélo prend de plus en plus de place. Mais le paradigme de la voiture individuelle toute puissante n’est quand même pas abandonné. Que ce soit dans une municipalité écologiste ou non, les mesures pour développer existent, sans vraiment s’atteler à bousculer les modes de fonctionnement déjà en place.