Injonction à la maternité : « La société fait pression sur les femmes »

Par et | Publié le 22 mars 2017

Être femme sans être mère, c’est sur cette question que l’association Osez le féminisme 38 a décidé de se concentrer à l’occasion de son café-débat mardi soir dernier. Carole*, militante féministe et étudiante en ingénierie de 25 ans, qui ne souhaite pas avoir d’enfant, a accepté de nous parler de l’injonction à la maternité, qu’elle juge problématique et omniprésente dans notre société.

Avant post injonction à la amternité

L’Avant-Post : Pour vous, qu’est-ce que l’injonction à la maternité?
Carole
: C’est le fait que la société va définir les femmes comme des mères et cela va devenir leur principale caractéristique. Ainsi, toute la société va faire pression sur les femmes pour qu’elles deviennent mères. Et si on ne le devient pas, on n’est pas considérée comme « une vraie femme » et on va être traitée de personne égoïste qui ne pense pas à la société. L’injonction peut être plus ou moins directe, plus ou moins insidieuse. Ça peut être les amis ou bien les parents qui demandent quand est-ce qu’on aura des enfants.

L’A-P : Pourquoi ne souhaitez-vous pas devenir mère ?
C
: J’ai pris cette décision il y a plusieurs années. Ça fait longtemps que je suis avec mon compagnon. Nous avons réfléchi tous les deux et nous n’en voulons pas. Le fait d’avoir des enfants, c’est une grosse responsabilité pour les femmes et moins pour les hommes. Ce sont les femmes qui vont avoir des arrêts de carrière plus ou moins longs. Avoir des enfants n’est pas un choix anodin : cela a un réel impact sur les femmes. Et il y a aussi l’aspect écologique : on est beaucoup sur Terre. Si jamais dans 15 ans je change d’avis, ce sera plutôt l’adoption.

L’A-P : Avez-vous déjà pensé à une stérilisation définitive?
C
: Pour l’instant ce n’est pas une option. Déjà, quand j’ai voulu me faire poser un stérilet, ça n’a pas été facile. Les médecins hésitaient car je n’avais jamais eu d’enfant. Aujourd’hui, ma contraception me convient. Je pense que je me poserai la question de la stérilisation définitive quand je serai plus âgée.

L’A-P : Êtes-vous souvent obligée de vous justifier ou de faire face à des commentaires durs du fait de votre choix?
C
: Cette injonction pose un problème. Il y a toujours des gens qui pensent qu’on manque une part de notre féminité, que nous sommes passées à côté de notre vie. Beaucoup disent « tu changeras d’avis”. Ils pensent de facto que comme je suis une femme, j’ai envie d’avoir des enfants. Nous nous sentons obligées de dire que nous ne voulons pas d’enfants alors que personne ne se justifie d’en vouloir. Dans quatre ou cinq ans, quand j’aurai 30 ans, les gens me le demanderont encore plus et ça deviendra plus dur.

L’A-P : Qu’en pense votre famille?
C
: Dans ma famille, on ne me dit pas que je suis égoïste, mais on me demande beaucoup quand est-ce que je compte avoir des enfants. Heureusement, mes parents sont assez tranquilles là-dessus. J’ai deux sœurs et un frère, donc c’est peut-être pour ça qu’ils me « fichent la paix », ils savent que les trois autres prendront le relais pour porter le nom ! (rires)
Ce sont plutôt les grands-parents qui demandent. Ils ne vont pas être méchants, mais c’est toujours une petite phrase par-ci par-là pour me faire comprendre qu’il faut que j’y pense.

L’A-P : Connaissez-vous d’autres personnes qui ne veulent pas d’enfants?
C
: Je me suis renseignée autour de moi et beaucoup de mes amies, même plus jeunes, savent déjà qu’elles veulent des enfants. C’est dans leurs plans futurs. Certaines en ont déjà, elles sont très courageuses. Mais moi je veux une vie professionnelle épanouie, une vie de militante épanouie. Je veux faire ce que je veux avec mon compagnon, qui veut aussi du temps pour lui. On veut partir si on en a envie. Avoir des enfants, c’est aussi une grande responsabilité : ce sont des futurs citoyens ou citoyennes.

L’A-P : Pourquoi pensez-vous que le fait d’être mère est autant valorisé dans la société ?
C
: Je pense que ça a toujours été le cas. Via l’éducation, on va valoriser le fait que les petites filles veulent être mère. On leur offre des poussettes, des poupons, et on leur apprend à s’en occuper. Je ne sais pas pourquoi on considère comme essentielles ces caractéristiques… On ramène toujours les femmes à leur rôle de mère. Il y a une dichotomie qui existe dans la société : soit une femme est une mère soit c’est – je mets des guillemets – une « putain ». Pourquoi ? Je n’ai pas la réponse. Nous, on essaye de casser ça.

L’A-P : Comment faire pour que cette injonction à la maternité pèse moins sur les femmes?
C
: Cela passe essentiellement par l’éducation à l’égalité. Il faut arrêter de réduire les femmes à un utérus. Je pense qu’il y a toujours une pression, même si dans certains milieux il y a aujourd’hui un plus grand questionnement.

* Le prénom a été changé pour des raisons d’anonymat.

Sensibiliser le public

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Osez le féminisme 38 organisait un café débat mardi 21 mars autour de l’injonction à la maternité. © Juliette Mitoyen.

Pour approfondir la question de l’injonction à la maternité, Osez le féminisme 38 organisait mardi soir un café-débat ouvert à tous devant une quinzaine de participants. L’objectif : dresser un panorama de toutes les injonctions pesant sur les femmes, de l’enfance (à travers les jouets) à la vie d’adulte (la norme de « faire famille », l’infantilisation jusque pendant la grossesse).Selon Jenny Ducoli, l’une des bénévoles, 41% des femmes regrettent de ne pas avoir pu contrôler leur poids pendant la grossesse. L’idée est d’ouvrir la discussion sur ces formes de culpabilisation que ressentiraient les femmes face à toutes ces injonctions. La dizaine de militantes que compte l’association s’est notamment appuyée sur les travaux de la sociologue Charlotte Debest. Celle-ci a travaillé sur le choix de rester sans enfants: