Le succès grandissant de l’escalade en salle

Par et | Publié le 24 mars 2017

En 2020, l’escalade sera présente aux Jeux Olympiques de Tokyo pour la première fois de son histoire. Une consécration pour cette discipline qui compte près d’un million de pratiquants en France, et de plus en plus en salle. Daniel Alfonso est gérant de la salle d’escalade A-Block de Grenoble depuis plus de dix ans. Au fil des années, il a vu les mentalités et les pratiques évoluer à propos de l’escalade en salle, devenue aujourd’hui une discipline à part entière.

En Isère, il existe désormais plus de 26 salles d’escalade, dont 4 à Grenoble, qui devient un véritable pôle de développement de cette discipline en plein essor depuis près de 20 ans. Dans le pays grenoblois entouré de montagne, développer des espaces clos de grimpe relève d’un vrai défi, voire d’une réelle audace. Daniel Alfonso et ses deux partenaires ont eux ouvert leur structure en 2005 à une période où l’escalade en salle faisait encore ses armes :  » Nous étions des grimpeurs professionnels. Et progressivement, on a senti que l’escalade en salle pourrait devenir un vrai phénomène en vogue, qui nous permettrait de séduire autant les grimpeurs néophytes qu’avertis « . Avec les années, l’escalade s’est ainsi diversifiée et amplifiée, touchant un public toujours plus large.

Daniel Alfonso gère A-Block depuis 12 ans. Crédits : Adeline Divoux

Daniel Alfonso gère A-Block depuis douze ans. Crédits : Adeline Divoux

 

Des  pratiquants toujours plus nombreux

L’escalade en falaise cède peu à peu le pas à une autre pratique. L’escalade en salle est considérée par certains comme complémentaire à la grimpe traditionnelle ; pour d’autres, c’est une discipline  » à part entière « , comme pour Suzon, étudiante et habituée de la salle A-Block :  » En salle, il existe plus un esprit sportif, compétitif que j’apprécie. La falaise c’est un plaisir mais cela reste bien plus contraignant en terme de déplacement et c’est plus cher « .

 

Capture

Pour les grimpeurs avertis, l’escalade en salle reste un moyen de s’entraîner l’hiver dans des structures plus accessibles. Mais comme Suzon, elle séduit de plus en plus d’étudiants et de jeunes actifs entre 25 et 30 ans.  Plus faciles d’accès, moins coûteuses et davantage réservées aux débutants, les salles pallient les contraintes de l’escalade en falaise. Au grand dam de certains puristes, la discipline, descendue des montagnes, est donc devenue urbaine, jeune, voire une mode dans le milieu universitaire. La plus vieille salle de Grenoble, l’Espace vertical, ouverte 363 jours par an, est une vraie petite entreprise avec 12 salariés et jusqu’à 300 grimpeurs par jour.

Une tendance que confirme Daniel Alonso, au sein de sa salle A-Block :  » Depuis une dizaine d’année, on a vraiment vu la discipline évoluer. C’est en partie dû à sa médiatisation croissante mais aussi à l’émergence de structures plus évoluées. Nous, on a multiplié par deux nos entrées en deux ans, mais la concurrence commence à se faire sentir.  » Une concurrence née du succès grandissant de la discipline et de l’ouverture de nouvelles structures comme Le Labo (en face de la gare routière). Autres bénéficiaires de cet essor, les clubs d’escalades qui ont vu leur nombre d’adhérents augmenter de 35% en dix ans. Pourtant, dans le paysage grenoblois, certaines voix commencent à s’élever contre le manque de structures publiques qui favorise les salles privées, majoritairement présentes au sein de la ville.

Un manque crucial de structures publiques

Grenoble est aujourd’hui l’une des seules grandes villes de montagne sans mur d’escalade public. Une situation peu compréhensible au vu du nombre de pratiquants, déplore Mickaël, adepte de l’escalade au club de l’Amicale laïque d’Échirolles :  » Faute d’espace public, les investissements se tournent en priorité vers les structures privées « . Pourtant, certaines salles vétustes nécessiteraient d’être rénovées. En 2001 et 2009, deux gymnases ont été respectivement incendiés. Depuis, les quartiers sud de Grenoble sont en partie privés d’équipements sportifs à proximité.

Pour pallier le manque d’infrastructures, la mairie s’est alors engagée à une rénovation de certains bâtiments comme à Berthe de Boissieux. Selon Pierre Mériaux, délégué au tourisme et à la montagne, la mairie peine à trouver des financements, ce qui reste le principal frein à son action :  » Nous avons déposé un dossier de demande de subventions à la région pour rénover certaines salles, mais nous n’avons pas eu de réponse. Certaines sont vraiment indispensables vu l’état des bâtiments et l’augmentation du nombre de pratiquants. Mais sans la région nous ne pouvons rien financer.  » En plus des grandes tensions sur les finances, la mairie évoque l’ouverture de chantiers urgents tels que la construction de cinq écoles, qui l’empêche de consacrer davantage de budget au financement de murs publics.

Un nouveau centre sportif devrait cependant voir le jour à la rentrée 2019 dans le quartier de la Villeneuve à Grenoble, en manque de structures jusqu’alors. Le projet nécessite 6 millions d’euros de travaux, cofinancés par l’État à hauteur de 1,2 million, le département à 0,8 million et la région à 0,4 million d’euros. Un investissement conséquent qui permettra l’accès à un nouveau mur d’escalade dans la ville, mais privé là encore…

17506582_1492067880806144_1459705516_n