Les ultras grenoblois, inaltérables soutiens du GF38

Par | Publié le 30 mars 2015

Le club de football grenoblois a son destin entre ses mains. Sept matchs plus précisément, pour obtenir la première place de CFA et accéder au National. Si les joueurs ont manqué l’objectif de peu ces deux dernières années, ils disposent d’un soutien de poids : le Red Kaos 94, groupe de supporters ultras, qui a toujours répondu présent, même après la descente aux enfers du club. Un rôle qui rappelle celui des Ultra Boys 90 de Strasbourg.

Ultras GF38

Les joueurs du GF 38 saluent le Red Kaos 94 après le match contre Lyon B (2-1). Photo : Alain Thiriet

« Objectif National, objectif national ! » Ce chant, repris par le groupe de supporters ultras Red Kaos 94 à la fin des matchs gagnés contre les équipes réserves de Monaco et de l’Olympique Lyonnais, sonne comme un rappel à l’ordre. Pour que cette année soit enfin celle de l’accession en National, l’équivalent de la troisième division française. Car le scénario semble en effet se répéter pour le GF38. Dominateurs durant une grande partie du Championnat de France Amateur (4e division) ces deux dernières années, les footballeurs grenoblois ont pris la fâcheuse habitude de craquer dans la dernière ligne droite. En 2013-2014, ils avaient laissé échapper la première place synonyme d’accession en National lors des derniers matchs et avaient fini troisièmes, l’année précédente déjà. Pour Olivier Saragaglia, ancien défenseur et désormais entraîneur du club, la prudence est de mise avant de disputer les sept derniers matchs de la saison : « A chaque fois qu’on a eu notre destin entre nos mains, on n’a pas su en faire bonne usage ». Inutile de dire que cette saison, alors que le club isérois est second derrière Béziers, les supporters craignent une nouvelle déconvenue. « On a l’impression de revivre la même histoire, la frustration commence à monter », confirme Antoine, abonné depuis la saison 2008 et membre actif du groupe ultra RK94. Pour autant, la difficulté ne les a jamais découragés.

« A Grenoble, un tel soutien est significatif »

Depuis le dépôt de bilan du club en juillet 2011, le RK 94 a toujours été un soutien important pour l’équipe. « Il y a un vrai lien qui s’est créé avec les supporters ces dernières saisons. On ne veut pas les décevoir », affirmait l’an passé Olivier Saragaglia après l’échec de la montée en National. Le groupe ultra, de son côté, est aussi bruyant en tribune que discret en dehors du stade, et aucun de ses membres ne s’exprime dans la presse. « Nous sommes uniquement là pour encourager l’équipe. Ce n’est pas de nous dont il faut parler, c’est du club » confirme un des anciens du groupe.

Le parallèle entre le RK 94 et les Ultra Boys 90 (UB90), groupe de supporters ultras du Racing Club de Strasbourg, est évident. Monument du football français, le club alsacien a été placé en liquidation judiciaire en 2011 à cause d’une gestion financière calamiteuse et s’est retrouvé à jouer dans les championnats amateurs. Si Strasbourg joue aujourd’hui en National, après deux montées successives, les UB90 y sont pour quelque chose. En plus d’apporter leur soutien inconditionnel à chaque match, ils ont surtout mis la main à la pâte, en participant par exemple aux travaux de nettoyage du stade de la Meinau lorsque la direction du club n’avait plus les moyens de payer la société de nettoyage. « Les supporters sont l’âme et le cœur du Racing. La reconstruction est en marche et nous, supporters, pouvons contribuer à la renaissance de notre cher club » affirmaient ces derniers à l’époque. Durant cette période délicate et encore plus qu’à Grenoble, « les supporters étaient le ciment du club » se rappelle l’entraîneur François Keller. Mais, tempère Nicolas Hourcade, sociologue spécialiste des ultras, « Grenoble possède plusieurs équipes de haut niveau avec le FC Grenoble et les Brûleurs de Loups, contrairement à Strasbourg qui, malgré ses équipes de basket et de hockey sur glace, est beaucoup plus une ville de foot. Qu’un tel soutien soit resté pendant plus de vingt ans GF38, c’est significatif. »

Le stade des Alpes, une forteresse imprenable

Le stade des Alpes possède l’une des meilleures affluences du Championnat de France Amateur (CFA), avec une moyenne de 3000 spectateurs. A titre de comparaison, Clermont et Arles-Avignon, des clubs qui évoluent en ligue 2, enregistrent des affluences inférieures (respectivement 2739 et 1431 spectateurs). C’est d’ailleurs la force du GF38 cette saison, puisque l’équipe est invaincue à domicile, toutes compétitions confondues. Le 4 janvier, les Grenoblois ont même réussi l’exploit d’éliminer l’Olympique de Marseille, alors leader incontesté de ligue 1, en 32e de finale de la Coupe de France. Difficile d’établir un lien de cause à effet, mais toujours est-il que les joueurs semblent portés, voire galvanisés  par leurs supporters. Une montée du GF 38 en National serait donc un beau cadeau d’anniversaire pour le Red Kaos, qui a fêté ses 20 ans d’existence en décembre. Histoire de (re)gagner les sommets, comme le veut la devise du club.


L’amalgame entre ultras et hooligans

Si les ultras sont des supporters « actifs » chargés de l’animation en tribune, en chantant et en déployant banderoles et drapeaux, ils ne sont pas des hooligans. Pourtant, l’amalgame est souvent réalisé, à tort, selon Nicolas Hourcade : « les hooligans sont des bandes informelles, qui profitent des matchs pour se battre. Cette recherche de la violence est totalement assumée. Les ultras, eux, peuvent avoir recours à la violence pour se faire respecter des groupes adverses et répondre à leur manière à la provocation, mais ce n’est pas leur but premier. Leur objectif principal est de soutenir leur équipe ». En France, le mouvement ultra est né en 1984, avec la création du Commando Ultra 84 à Marseille. Depuis, il s’est développé et compte aujourd’hui une centaine de groupes.


Rémy Dissoubray