La mi-mandat d’Eric Piolle à Grenoble dans les yeux d’un étudiant

Par et | Publié le 3 avril 2017

“Investir sur la jeunesse”, c’était le 25ème engagement du candidat Éric Piolle pendant la campagne des élections municipales grenobloises de 2014, et l’’un des grands piliers de sa candidature à la mairie de la ville. Cela fait maintenant trois ans que celle-ci porte les couleurs de l’écologiste. Reportage dans les pas de Jusuf Imeri, étudiant de 22 ans et habitant de Grenoble depuis cinq ans.

Crédits Thibaut Faussabry

Le temps d’une balade sous le soleil grenoblois, Jusuf Imeri brosse le portrait de sa ville. © Thibaut Faussabry

 

Malgré le soleil et la tiédeur de l’air, les rues du centre grenoblois sont calmes en ce dimanche après-midi. Jusuf Imeri, étudiant de 22 ans en troisième année de biotechnologie et santé à l’UFR de pharmacie de la Tronche, les arpente avec assurance, peu pressé. Il faut dire que les transports en commun, il les utilise bien assez en semaine : « Comme j’habite à Pont-de-Claix, il me faut une quarantaine de minutes en tram pour arriver à la Tronche le matin», détaille-t-il en passant devant l’arrêt de tram “Verdun – Préfecture.” Et aussi longtemps, bien sûr, le soir pour en revenir.

La gratuité des transports pour les étudiants, Éric Piolle en avait fait un de ses engagements phares de sa campagne. Toutefois, Jusuf Imeri a très vite eu des doutes sur la faisabilité d’une telle mesure : « Je n’y croyais pas trop. Il y a près de 60 000 étudiants à Grenoble, ça aurait représenté énormément d’argent en moins pour la municipalité. »

Transports gratuits, un espoir vite déçu

Un recul peu étonnant pour Jusuf : « Le problème, c’est toujours l’argent, juge-t-il. Si Éric Piolle avait pris la mairie sans autant de dettes, il aurait peut-être pu réaliser des choses. » Une dette qui a explosé en quelques années : à 270 millions d’euros en 2014, elle est montée à 277 millions d’euros l’année suivante. Plus grave encore, la capacité de désendettement de Grenoble [le nombre d'années nécessaires pour annuler cette dette, ndlr] a littéralement bondi de 12 ans à 53 ans dans le même laps de temps.

Résultat trois ans plus tard : pas de gratuité pour les étudiants dans les transports, mais un effort malgré tout : « Ils ont baissé les prix, je paie 50 euros de moins à l’année », expose le jeune macédonien. Problème : « L’abonnement étudiant [à 150 euros par an, ndlr] s’arrête à 24 ans ! Ensuite, il passe directement à 540 euros

 

Or, « on peut très bien étudier jusqu’à 25 ou 26 ans ! s’exclame Jusuf. Personnellement, je ne compte pas m’arrêter de sitôt. »

 

Habitué des transports en commun grenoblois, Jusuf préfère les éviter quand il ne travaille pas. © Thibaut Faussabry

 

Conscience politique

Arrivé en septembre 2012 à Grenoble (alors berceau socialiste) pour ses études scientifiques, Jusuf a vite pris des responsabilités et des engagements afin de prendre part au vivre-ensemble de la ville. Notamment grâce au levier associatif : « J’ai été dans une association pour préparer le concours IGEM [un concours international de biologie organisé à Boston, ndlr], mais aussi secrétaire général de l’InterAsso Grenoble Alpes », expose-t-il. Et enfin, Jusuf a fait partie pendant plusieurs années de la Ligue grenobloise des Droits de l’homme, qu’il a quittée « faute de temps ».

Un engagement personnel qu’il ne va pas concrétiser dans les urnes : Jusuf est de nationalité macédonienne. C’est donc loin d’être une question de volonté : « J’invite les gens à aller voter. L’abstentionnisme me paraît dangereux, ça ouvre la voie à des idéologies qui ne correspondent pas aux valeurs françaises, je pense. »

Lui-même, s’il avait pu, aurait voté pour le socialiste Jérôme Safar aux municipales de 2014. L’arrivée d’un maire écologiste pour la première fois à la tête de la capitale des Alpes n’a cependant pas été une mauvaise nouvelle pour lui. Et si l’on peut dire qu’Éric Piolle était attendu au tournant dans le domaine écolo, il n’a pas déçu Jusuf sur ce point : « C’est bien mieux qu’avant, malgré les quelques pics par temps froid », salue l’étudiant en biotechnologie-santé. Le maire élu en 2014 a notamment encouragé l’usage du vélo : « Il est écolo, c’est un peu son boulot, mais j’ai aujourd’hui des amis qui utilisent les vélos tous les jours », révèle-t-il entre deux gorgées de panaché.

À consulter également : notre dossier « Un an de Piolle : quel bilan ? » réalisé en 2015.

Politique unilatérale

Toutefois, Jusuf Imeri reproche à Eric Piolle d’avoir placé l’écologie devant le social au rang des priorités : « On se soucie d’écologie quand on a un toit et de quoi manger, qu’on peut vivre sans difficulté », assène le jeune homme avant de poursuivre : « Il a mis la jeunesse au cœur de son programme, mais il s’adressait plutôt aux jeunes diplômés qui se souciaient de problèmes d’écologie. »

L’écologie devant le social, mais également devant la sécurité si on en croit l’amertume de Jusuf sur ce point : « Je suis un peu déçu, rien n’a empiré mais c’est juste pareil qu’avant », regrette le jeune étudiant. Ce dernier n’hésite pas à qualifier de « désastre » le niveau de sécurité à Grenoble : « C’est inadmissible qu’il y ait des rues qu’on ne puisse pas emprunter de nuit, pour des raisons de sécurité », s’exclame Jusuf, incrédule.

 

L’étudiant est même favorable au développement d’un arsenal sécuritaire renforcé dans la ville, vidéosurveillance, armement des policiers municipaux : « La question ne se pose même pas, nous sommes en état d’urgence, il faut faire des efforts », martèle l’étudiant les yeux cachés par le teint de ses lunettes.

 

8,30 euros pour un billet de cinéma tarif étudiant, à Chavant : "C'est le prix d'un repas !", s'exclame Jusuf. © Simon de Faucompret

8,30 euros pour un billet de cinéma tarif étudiant, à Chavant : « C’est le prix d’un repas ! », s’exclame Jusuf. © Simon de Faucompret


Alors qu’il se dirige vers le cinéma Pathé-Chavant, Jusuf regrette que la vie culturelle et artistique ne soit pas plus développée à Grenoble : « Il n’y a pas grand-chose à Grenoble. A part aller au cinéma ou au théâtre… », souligne-t-il avant d’ajouter : « De nombreux étudiants artistes m’avouent vouloir partir à Lyon, pour trouver une atmosphère plus favorable à l’activité artistique. »

 

Culture et savoir sont particulièrement menacés à Grenoble, de par la possible fermeture de bibliothèques municipales. Même si lui-même fréquente davantage les bibliothèques universitaires, il est farouchement opposé à ces fermetures : « Je suis contre la fermeture des bibliothèques, et le serai toujours », revendique l’étudiant.

Intégralité de notre dossier « Mi-mandat d’Éric Piolle » à consulter ici.