Nemeton, le premier biolab de la capitale des Alpes

Par | Publié le 18 février 2019

C’est une expérience que Damien Bouëvin espère réussir : le jeune autodidacte vient de créer l’association Nemeton à Grenoble, et envisage de construire un laboratoire de biologie participatif. Un projet inédit dans la région, destiné à « rendre accessible » tout ce qui relève de la biotechnologie, assure-t-il.

Damien Bouëvin, fondateur de l'association Nemeton.

Damien Bouëvin, fondateur de l’association Nemeton.


« L’idée est de développer une véritable culture scientifique »
, résume Damien Bouëvin. À même pas 30 ans, le jeune Grenoblois vient de créer l’association Nemeton. Objectif : créer un biolab, c’est-à-dire un endroit où du matériel scientifique serait mis à disposition du public moyennant une location. Mais ce n’est pas tout. En plus de la partie laboratoire – que Damien Bouëvin espère pouvoir mettre en place d’ici l’automne 2019 – le projet comporte également un volet « médiation culturelle ». En bref, un ensemble d’événements ou d’ateliers scientifiques qui seraient organisés dans le cadre de l’association Nemeton, toujours pour promouvoir la biotechnologie (application de la science et de la technologie à des organismes vivants).

L’inspiration, Damien Bouëvin l’a trouvée à la suite d’un service civique réalisé au Fab Lab de la Casemate, à Grenoble. « Quand je suis arrivé à la Casemate, l’ancien directeur voulait développer un biolab. J’ai totalement adhéré à cette proposition. On a réhabilité des vieilles machines qui prenaient la poussière. Finalement, le projet n’a pas abouti après l’incendie (en novembre 2017, ndlr), mais il y avait de la demande. Autodidacte, je me suis formé sur le tas puis un jour, j’ai décidé de me lancer dans cette aventure », se souvient-il.

« La notion expérimentale est au coeur d’un biolab »

Pour faire connaître son ambition, Damien Bouëvin a récemment lancé une campagne de financement participatif, espérant récolter 3 000 euros pour organiser un premier atelier de fabrication de vin rouge. Sans succès. « J’ai mis un terme à la collecte le 25 novembre car elle n’attirait plus personne, reconnaît-il. Environ 500 euros ont été ramassés. On a peut-être été un peu trop rapides. » Qu’importe, « la notion expérimentale est au coeur d’un biolab, donc l’échec est nécessaire pour avancer », avoue-t-il sereinementEt puis, c’était surtout un coup « de com’ ».

L’occasion, aussi, de prendre conscience que le public susceptible d’être intéressé par la démarche appartient plutôt à une tranche d’âge allant de 18 à 30 ans, située en zone urbaine. « On communique essentiellement sur les réseaux sociaux, confirme Damien Bouëvin. Il faut parler leur langage et adapter nos activités pour attirer les jeunes. Car il n’y a pas beaucoup d’offres de culture scientifique pour les 18-30 ans à Grenoble. » 

Reste désormais à trouver un local pour abriter le projet, et notamment les 10m² de laboratoire que le jeune entrepreneur envisage d’aménager. Pour profiter de cet espace, des adhésions (dont le tarif n’est pas encore déterminé) devraient être proposées. Les ateliers scientifiques seront également payants. Mais en attendant, Damien Bouëvin finance seul ce projet qui lui tient à coeur. Un investissement qu’il espère, à terme, rentabiliser. Pour, peut-être même, pouvoir un jour en tirer une rémunération et avoir des employés.

Fabrication de bière, tree shaping, simili-viande

Loin de baisser les bras, le jeune homme envisage de lancer le volet culturel de l’association dans les prochaines semaines. Et les idées d’ateliers ne manquent pas : séances de fabrication de bière à partir de levures récupérées en forêt, expéditions scientifiques dans les rues grenobloises ou encore tree shaping – une technique de plantation d’arbres qui permet de les faire directement pousser en forme de meubles, chaises ou tabourets. Surtout, Nemeton a organisé plusieurs soirées « Nourriture du turfu ». Le but ? Mettre en avant des aliments peu connus pouvant peut-être apporter des solutions aux enjeux alimentaires des années à venir.

Pour cela, Damien Bouëvin et ses collègues se sont rendus là où se trouvent les jeunes : dans les bars. Trois soirées ont déjà eu lieu, mettant à l’honneur les insectes, la spiruline (une variété d’algue) puis les simili-viandes. Ces dernières consistent « à recréer l’aspect, le goût, la texture et l’odeur de la viande à partir d’autres aliments », précise l’intéressé, se remémorant « un simili thon rouge cru, à base de tomates ». Quant aux insectes, Damien Bouëvin en élève à son domicile et vante les mérites de cette ressource alimentaire actuellement sous-exploitée. « Environ 100 grammes de ténébrions (insectes dont les larves sont des vers de farine, ndlr) apportent 50 grammes de protéines, là où la même quantité de boeuf n’en fournit que 26 grammes », argumente-t-il. Autres avantages : l’élevage d’insecte ne nécessite aucune consommation d’eau, et leur reproduction est rapide et prend peu de place.

De tous ces projets d’activités et ateliers, ressort une thématique commune : la recherche de solutions alternatives respectueuses de l’environnement. Un concept qui – bien qu’en adéquation avec les valeurs portées par la mairie écologiste de la capitale des Alpes – n’a pas encore valu à Damien Bouëvin et son équipe une aide financière de la part de la municipalité.

Clotilde Dumay, Clément Grillet, Camille Tyrou