Philippe Hinschberger, entraîneur du GF38 : « l’appétit vient en mangeant »

Par | Publié le 20 décembre 2018

Il y a trois ans, le Grenoble Foot 38 (GF38) végétait encore au 5ème échelon national. Aujourd’hui, le club est au pied du podium de Ligue 2. Les raisons de cet excellent début de saison, la montée en Ligue 1, son arrivée dans un contexte tendu… Philippe Hinschberger, entraîneur des Bleus et Blancs depuis cet été, analyse dans les grandes largeurs ce retour réussi dans le monde professionnel.

Philippe Hinschberger

Philippe Hinschberger, entraîneur du GF38 depuis cet été, est l’un des grands artisans du début de saison réussi des Grenoblois. Photo : Félix Gabory

 

En cette après-midi de décembre, le GF38 a dû délocaliser son entraînement. Les trombes d’eau qui se sont abattues sur la capitale des Alpes ont rendu le terrain impraticable. Mais dans les pré-fabriqués de la Poterne, où les joueurs se sont repliés, les sourires sont de mises. Car l’horizon du club isérois, lui, est bien dégagé. Quelques jours plus tôt, Grenoble allait arracher sa qualification pour les 32èmes de finale de la Coupe de France, ponctuant une formidable première partie de saison qui a vu le petit promu se hisser à la 4ème place de Ligue 2. Après avoir dirigé la séance, le coach, Phillipe Hinschberger, installe lui-même les canapés pour l’interview. Preuve que l’ancien entraîneur de Metz, arrivé à Grenoble à l’intersaison et grand artisan du retour au premier plan du club, est déjà chez lui sur les bords de l’Isère.

Toujours en course en Coupe du France, 5ème du championnat… C’est une première moitié de saison presque parfaite, non ?
On peut dire ça comme ça, oui. Nous sommes au-delà de nos espérances. Moi le premier, je ne m’attendais pas à de tels résultats. J’ai commencé la saison en étant dans l’inconnu, avec un effectif que je ne connaissais pas beaucoup. Mais je ne suis pas surpris, car on a travaillé dur pour atteindre ce niveau.

Vous ne vous attendiez pas à un tel début de saison. Diriez-vous que votre équipe est en sur-régime ?

Honnêtement ? Non, je ne pense pas. On a certes gagné quelques matchs de manière heureuse mais contre Brest ou contre Lorient, on a aussi perdu des rencontres que nous n’aurions pas dû perdre. Les points qu’on a, on ne les a pas volés. Sur les dernières semaines, on a su tenir la dragée haute à de grosses cylindrées du championnat. Contre Lens ou contre Metz (0-0 et 1-1, ndlr), on a élevé notre niveau de jeu et on a prouvé notre valeur.

Qu’est-ce qui est encore perfectible pour la phase retour ?
Il faut qu’on améliore notre efficacité offensive. A chaque match, on se procure un grand nombre d’occasions mais nous ne sommes pas capables de les transformer en but. Contre Béziers puis contre Hyeres, Florian (Sotoca, ndlr), doit au moins planter sept buts… Il n’en met aucun. Nous devons également progresser sur la maîtrise collective, être capable de multiplier les phases de possession. Nous rendons trop bêtement des ballons aux adversaires en balançant loin devant.

« Avec 31 points à cette période de l’année , on ne peut pas clamer haut et fort qu’on va jouer le maintien ou la 15ème place »

Le groupe fait un début de saison presque rêvé, mais à vous entendre, il y a encore une grosse marge de progression. Le GF38 peut aller encore plus haut ?
Dans une Ligue 2 très homogène, les résultats sont très fragiles. En perdant deux matchs de suite, on peut se retrouver dans le ventre mou du championnat. C’est pourquoi il ne faut rien garder pour acquis. Mon objectif, c’est avant tout que mes joueurs soient capables de rendre des copies propres contre les équipes d’un niveau similaire. Je préfère notre match contre Ajaccio (2-0, le 9 novembre, ndlr), où on a su être patient et laisser que des miettes à notre adversaire, plutôt que de tenir en échec un « gros » comme Metz.

L’objectif en début de saison était le maintien. Aujourd’hui, avec 31 points, on peut considérer qu’il est acquis. Vous avez forcément revu vos ambitions à la hausse…
Oui, naturellement. L’appétit vient en mangeant. Avec 31 points à cette période de l’année, on ne peut pas clamer haut et fort qu’on va jouer le maintien ou la 15ème place. Aucun joueur ne pourrait entendre un tel discours. On veut finir le plus haut possible. Mais il faut garder les pieds sur terre et continuer à vouloir faire mieux matchs après matchs.

Parlons un peu de vous. Vous avez su prendre le groupe en main très rapidement. Et pourtant, c’était loin d’être gagné quand on sait que les joueurs ont fait une pétition pour qu’Olivier Guégan (le prédécesseur d’Hinschberger, ndlr) reste au club…
Avant que j’arrive, il s’est passé ce qu’il s’est passé. Mais quand on m’a proposé le poste, je n’ai pas hésité une seule seconde. Grenoble est une place forte du football français et veut s’installer durablement dans le monde professionnel. C’est vrai qu’avant de signer, des proches m’ont dit « mais dans quel guêpier tu vas te fourrer ! ». Même si les joueurs ont longtemps soutenu Olivier Guégan, à partir du moment où j’étais leur nouvel entraîneur, ils n’avaient pas d’autres choix que de m’écouter et d’essayer d’être les meilleurs possibles sur le terrain.

« Les 3⁄4 de l’effectif jouaient en CFA il y a deux ans. C’est invraisemblable »

L’avantage, c’est que vous avez trouvé un groupe qui se connaissait bien…
Bien sûr. La grande majorité de l’effectif était amateur et découvrait le monde professionnel. Et j’ai tenté de capitaliser sur ça. Comme très peu de joueurs ont déjà été professionnels, ils ne sont pas parasités par les mauvais réflexes des footballeurs qui ont connu la Ligue 2 ou la Ligue 1. Ça apporte beaucoup de fraîcheur au groupe.

C’est quoi, les mauvais réflexes des footballeurs professionnels ?
« On est trop fatigués » ; « on s’entraîne trop » ; « le terrain est mauvais »… Plus ils côtoient le haut-niveau, plus ils sont exigent… mais malheureusement pas avec eux-mêmes. Ici, on n’a pas ce problème. Les joueurs ont envie de progresser et d’aller plus-haut. Tous les gars sont meilleurs qu’en début de saison, et ça, c’est une grande fierté en tant qu’entraîneur. Les 3⁄4 de l’effectif jouaient en CFA il y deux ans encore. C’est invraisemblable !

Justement, certains de vos joueurs sont des révélations de cette phase aller. On pense notamment à Florian Sotoca. Vous ne craigniez pas les sollicitations pendant la trêve ?
Florian est sous contrat. Si des équipes le veulent, il y aura des négociations. Mais c’est le lot du monde professionnel, et notamment de la Ligue 2. Dès qu’un joueur est bon, il s’en va.

Des recrues sont à prévoir lors du mercato hivernal ?
Sur quelques postes bien précis, oui. Trois joueurs vont sûrement partir, notamment en prêt, et deux devraient arriver. Nous devons nous protéger d’éventuelles blessures pour pouvoir rester compétitifs lors de la phase retour.

 

Recueilli par Félix GABORY.