Éric Piolle vu par ses meilleurs ennemis

Par | Publié le 9 avril 2015

Ils sont les vaincus de l’élection municipale de 2014. Désormais principaux opposants d’Éric Piolle, ils observent de près son style, ses réalisations et ses faux pas. Rencontre avec Jérôme Safar (PS), Matthieu Chamussy (UMP) et Mireille d’Ornano (FN). 

►Matthieu Chamussy (UMP) : « Une énorme mascarade »

« Durant cette première année, on remarque que la majorité en place raconte une histoire aux Grenoblois, en faisant des annonces trompeuses. Ceci dans le but de masquer une certaine vacuité dans l’action au quotidien ! Au final, il y a une réelle différence entre ce que le bruit médiatique a retenu et la réalité. Un exemple : la disparition de la publicité dans l’espace public. Or, demeure dans Grenoble la publicité sur les 1 200 abribus et arrêts de tram de la ville. La gestion de cette ville par Eric Piolle est à mon sens une énorme mascarade, faite de coups de communication sans application concrète. »

« De plus, il y a eu une forme de tromperie au moment de la campagne électorale. Eric Piolle faisait figure de tête de gondole avec le visage du gendre idéal. Derrière, il y avait les gardes rouges mélenchonistes emmenés par la première adjointe et un certain nombre de militants du Front de Gauche qui prennent pour un compliment le fait de les qualifier de version 2.0 du marxisme »

►Jérôme Safar (PS): « Une mise en route très laborieuse »

« Cette année de mise en route aura été très laborieuse en termes d’orientation sur la suite du mandat. Quel projet de ville cette équipe porte-t-elle vraiment ? Ce n’est pas clair. Les débats sont longs et les décisions rares. »

« Je ne retiens pour l’instant aucune mesure phare. Il y’a certes eu des effets de communication sur lesquels tout le monde se focalise comme la pub dans la rue, les musiciens du Louvre ou les conseils citoyens. Mais j’attends de voir ce qu’ils vont faire pour le service public de l’énergie : la situation avec GEG est totalement floue. Je suis curieux de savoir ce qu’ils attendent exactement de la métropole, la ville centre est pour l’instant absente des débats. Et quelle ambition urbaine ?  On ne sait pas.

Cette équipe n’avait pas anticipé la charge de travail qui les attendait. Ils reconnaissent eux-mêmes avoir sous estimé le rythme municipal. Grenoble est une ville difficile à manœuvrer, j’en ai fait l’expérience personnelle : les Grenoblois sont toujours prêts à réagir, à s’opposer aux décisions. Cela demande une gestion de proximité quotidienne et je pensais qu’ils seraient très forts sur ce terrain là : ils en avaient fait un thème de campagne… finalement ils sont un peu à la ramasse. Beaucoup de citoyens nous font part des difficultés qu’ils ont à recevoir ne serait-ce qu’une réponse à un courrier. »

►Mireille d’Ornano (FN) :  « Michel Destot avait une vision plus grande de Grenoble »

« Le bilan qui se dégage de cette année sous Eric Piolle n’est pas vraiment positif. L’écologie tue l’économie ! Une centaine de magasins à Grenoble ferment car avec les pistes cyclables qui réduisent le nombre de voies, il devient de plus en plus difficile de circuler dans cette ville. Sans compter les personnes qui restent avec leurs chiens dans les rues du centre ! Le maire devrait prendre un arrêté définitif de mendicité, comme cela s’est fait dans d’autres villes.

Il y a, à Grenoble de plus en plus de pauvres, tandis que les plus aisés fuient l’insécurité grandissante de notre agglomération. Dans l’équipe municipale, c’est l’adjointe à la « tranquillité » qui est en charge de ces sujets. Mais on n’est pas tranquille à Grenoble, notamment en raison de la suppression de la vidéosurveillance et du refus d’armer les policiers municipaux. Que peut faire un agent sans arme face à un voyou armé ?

À mon sens, cette municipalité n’a pas l’objectif d’en faire une grande ville reconnue, tandis que Michel Destot avait une vision plus grande de Grenoble. Toutefois, j’apprécie le fait que M. Piolle soit respectueux envers le Front national et envers les gens qui nous ont élus. De ce point de vue, il joue le jeu de la démocratie. »

Propos recueillis par Mathilde Ceilles et Alice Deroide