M. Destot : «Eric Piolle ne prépare pas l’avenir de Grenoble»

Par et | Publié le 8 avril 2017

Michel Destot a été maire socialiste de la ville de Grenoble pendant presque 19 ans, de 1995 à 2014. C’est Eric Piolle lui a succédé, mais la politique de l’écologiste ne convient pas à l’idée que se fait Michel Destot de Grenoble. Il a toujours les pieds dans la politique, et se consacre maintenant à son mandat de député de l’Isère, élu dans la 3ème circonscription. Il livre son regard sur les décisions prises par son successeur à la tête de Grenoble.

Michel Destot porte son œil sur le mi-mandat d'Eric Piolle à la tête de Grenoble, deux ans et demi après avoir passé le flambeau à son successeur écologiste. © équipe de Michel Destot.

Michel Destot porte son œil sur le mi-mandat d’Eric Piolle à la tête de Grenoble, deux ans et demi après avoir passé le flambeau à son successeur écologiste. © équipe de Michel Destot.

 

L’Avant Post : Vous aviez rédigé en 2016 une lettre aux Grenoblois contre le bilan d’Eric Piolle. Est-elle toujours d’actualité ? Quel bilan portez-vous sur le mandat d’Eric Piolle, pour l’instant ?

Michel Destot : On peut dire que cette lettre est toujours actuelle et qu’elle n’a pas été corrigée. On peut, encore mieux, parler du manque de préparation de l’avenir, aux niveaux de l’habitat, du logement, de la mixité sociale par exemple.

Toutes les choses faites par la mairie de Grenoble ont été initiées par son prédécesseur : la ligne de tram, la Belle électrique etc…

L’équipe actuelle supprime le passage du Tour de France, le concert du Nouvel an, le concert d’été… Les commerçants sont désespérés, tout comme le personnel communal. Il y a eu la fermeture des bibliothèques, les repas de fin d’année supprimés, la baisse de construction de logement sociaux…

Tout cela montre les difficultés de la mairie à construire l’avenir. Il faut redonner de la fierté et du dynamisme à la ville. Et cela passe notamment par des politiques sociale, urbaine et culturelle fortes. Le Lyon-Turin par exemple va permettre de désenclaver et de développer tout ça. On a de la chance d’avoir un important pôle de compétitivité, avec des scientifiques compétents et innovants, qu’il faut développer et exploiter.

L’AP : Vous qui avez été à la tête de la mairie pendant presque 19 ans, comment expliquez-vous qu’elle fasse partie des cinq villes les plus endettées de France, et quel regard portez-vous sur les mesure d’Eric Piolle pour éviter une mise sous tutelle de l’Etat ?

MD : Le problème des finances n’est pas le résultat d’une baisse des dotations. Les 20 millions d’euros ? C’était sur trois ans, et non par an comme on aime à nous le répéter. Et ces baisses sont arrivées partout ailleurs, sans conduire au même résultat.

Notre équipe a fait un audit interne qui a donné des conclusion différentes de celles de Piolle : on a laissé une ville avec un bilan positif.

On ne peut pas mener une politique si on n’a pas une volonté de développement mais une volonté de décroissance. Avec cela on court à la catastrophe. Il ne s’agit pas que de problèmes de financements : ce sont aussi des problèmes d’investissements. Le manque à gagner de la ville est aussi en partie lié aux mauvaises relations avec les autres communalités.

La ville de Grenoble a été rendue avec un bilan financier meilleur. C’est une volonté et un désir de ma part d’avoir rectifié l’équilibre des comptes. A l’époque, le déficit tournait environ autour de 16 millions d’euros, et on l’a rendu positif.

L’AP : A l’inverse, y a-t-il certaines mesures dont vous êtes  satisfait ?

Je ne vais pas me féliciter du repli. Il n’y a aucun grand projet sur le plan culturel, social, sportif ou dans l’urbanisme. C’est plutôt un recul que l’on constate.

Par exemple, je ne comprends pas le choix fait à propos de la publicité. C’est la même chose avec le retrait des caméras de vidéosurveillance que je n’arrive pas à comprendre : cela rapportait 500 à 600 000 euros à la ville.

J’ai été maire pendant 19 ans, donc j’ai énormément de contacts dans la ville, et je sais que personne ne parle du sujet des budgets participatifs. Ça prouve que ça n’a pas vraiment de prise sur la population. C’est bien de vouloir mettre plus de démocratie mais est-ce une démocratie réelle ou est-ce que cela en a seulement l’apparence ? J’insiste sur ce point que ne fait pas suffisamment Eric Piolle : il faut mieux préparer l’avenir.