Sauv Life : une application qui ramène à la vie

Par | Publié le 13 mars 2019

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Après Paris, Lyon ou encore Lille, les cofondateurs de l’application Sauv Life, Lionel Lamhaut et Arnaud Libert, ont décidé de l’implanter dans la Capitale des Alpes. Lancée par le SAMU 38 en janvier dernier, l’outil a récemment été primé au CES de Las Vegas. En Isère, 500 personnes sont victimes d’infarctus chaque année et on estime qu’entre 40 et 50 vies pourraient ainsi être sauvées par an. 

Médecin au SAMU dans la région parisienne, Lionel Lamhaut, fondateur de l’application Sauv’ Life s’est vite rendu compte avec l’expérience d’un terrible constat : « La partie secours et hôpital est très développée mais on oublie un maillon dans la chaîne de survie, les gens qui aident avant l’arrivée des secours. » Avec un autre médecin urgentiste, ils ont alors décidé d’utiliser le digital pour concentrer sur une plateforme toutes les personnes qui souhaitent aider. Laura et Caroline, bien qu’urgentistes au SAMU 38, ont décidé de télécharger l’outil car « c’est un devoir citoyen d’aider quelqu’un en détresse vitale ». Toutes les deux sont déjà intervenues, dans un cadre strictement personnel, afin d’apporter leur aide. Malgré leurs interventions avant les secours, les deux victimes n’ont pas survécu. « Personnellement, je ne me dis jamais que j’ai loupé ma mission. On sait très bien qu’on ne peut pas sauver tout le monde. Les victimes d’arrêt cardiaque ont seulement 10% de chance de survie en moyenne », confie Caroline.

6 000 Isérois inscrits depuis son lancement  

Si la plateforme est désormais ouverte dans le bassin grenoblois, c’est parce qu’elle s’inscrit dans une étude de recherche médicale, labellisée par l’État et nommée Dispatch. L’objectif : voir la faisabilité de la mise en place du dispositif de télémédecine mobile sur le territoire.

C’est ainsi qu’est née Sauv’Life. Officiellement lancée en mars 2018, elle a nécessité plus de trois ans de travail pour un budget de plusieurs centaines de milliers d’euros. « À ce jour, environ 110 000 personnes sont inscrites dans nos bases de données », se réjouit Lionel Lamhaut. Une fois inscrits, les citoyens sauveteurs reçoivent une alerte par sms pour leur indiquer qu’une victime d’arrêt cardiaque se situe à proximité d’eux. Lorsqu’ils acceptent la mission, ils reçoivent l’adresse et des conseils pour réaliser les gestes de premiers secours avant l’arrivée des pompiers.

Ouverte à tous, l’application ne demande aucun pré-requis médical. « Tout le monde peut aider. Il vaut mieux une personne qui n’a jamais été formée que personne qui ne vient en aide à une victime d’arrêt cardiaque », déclare-t-il. Pour former les inscrits non formés, un tutoriel sur l’outil va être mis en place prochainement et des formations avec le SAMU sont régulièrement organisées. « Lors de son lancement en Isère, nous avons proposé deux jours d’initiation, dans un centre commercial de Grenoble pour faire connaître ce nouveau dispositif », détaille le Professeur Guillaume Debaty, qui dirige le SAMU 38. 6000 volontaires isérois se sont alors inscrits sur l’application dont 1200 ne seraient encore pas formés.

Vers la création d’un statut de citoyen sauveteur ?

Par ailleurs, Lionel Lamhaut constate qu’il n’y a aucune difficulté supplémentaire lors d’une intervention. « Rien n’est difficile, ils ont juste à suivre les consignes données par téléphone. De plus, une certaine distance émotionnelle se met en place. Les citoyens sauveteurs n’ont pas cette émotion qu’ils pourraient ressentir s’ils connaissaient la victime et son entourage lorsqu’ils se rendent sur les lieux. » Le Pr. Debaty renchérit : « Depuis son lancement, nous déclenchons tous les jours des alertes dans le département, il y a donc pas mal de personnes qui ont donc déjà apporté leur aide. »

Et pour ceux qui n’osent pas encore franchir le pas, Lionel Lamhaut tient formellement à rappeler que les citoyens sauveteurs n’ont strictement aucune responsabilité en aidant les victimes d’arrêt cardiaque. D’ailleurs, l’application ne possède pas de bouton « ne pas aider ». Ils ne peuvent donc pas être accusés de non-assistance à personne en danger. Dans cette optique, l’Assemblée nationale a adopté unanimement le 19 février dernier en première lecture, une proposition de loi qui prévoit la création du statut de « citoyen sauveteur ». Son but : exonérer de toute responsabilité civile les individus qui viendraient en aide à une victime de malaise cardiaque.

Camille Tyrou