Se prémunir des risques d’avalanches

Par et | Publié le 24 mars 2017

L’hiver est officiellement terminé depuis lundi alors que la saison de ski est encore en cours pour certaines stations de montagne. Certes, la neige fond mais les avalanches persistent. Voici quelques éclaircissements pour mieux comprendre les conditions spéciales de ce début de printemps en hors-piste.

Dans la base de données du site Data-avalanche.org, qui recense les avalanches en France, de nouvelles lignes s’ajoutent chaque jour. Un signalement posté le 20 mars retient l’attention :  » Une monstre avalanche de plaque est partie sous mes skis en Haute-Maurienne. J’ai eu beaucoup de chance, cent mètres à me débattre et le gros du flux est parti sans moi… « , raconte un skieur anonyme, qui est heureusement sorti indemne de la coulée. Le BRA (Bulletin de risque d’avalanches, NDRL) indiquait pourtant un risque limité de deux sur cinq.

Si les températures printanières et les premiers bourgeons en plaine font vite oublier la neige pour la plupart des gens, elle demeure encore bien présente en haute montagne. C’est même le moment privilégié par beaucoup de randonneurs à ski pour explorer les reliefs puisque, normalement à cette période, le manteau neigeux constitué pendant l’hiver se stabilise, limitant ainsi les risques d’avalanches. Il n’empêche que l’hiver 2017 a hérité de conditions du manteau neigeux extrêmement délicates et piégeuses. “ La neige tombée en début de saison a formé une sous-couche fragile, avec peu de cohérence à cause du grand froid de janvier » , note Frédéric Jarrie, chargé de mission à l’ANENA (Association pour l’étude de la neige et des avalanches).

Une plaque de sept mètres de haut

Crédit Jérôme Descombes-Sevoie

Crédit Jérôme Descombes-Sevoie

En cette période, les conditions du manteau neigeux sont complètement imprévisibles : en témoigne une photo de deux pisteurs secouristes et artificiers de Chamonix. Ils ont découvert avec stupéfaction une énorme rupture de plaque à vent de sept mètres de haut près de la station du Tour, dans le massif du Mont-Blanc (ci-dessus). Il n’est bien sûr pas tombé sept mètres d’or blanc ; c’est le vent qui a fait son oeuvre en le déplaçant. Ce processus densifie la neige sur une couche moins dense. Combinée avec une sous-couche instable, le cocktail est détonnant. Bernard Mandier, prévisionniste à Météo France, met donc en garde les skieurs : “ Le manteau est déficitaire dans les Alpes du Nord, ça se voit à l’oeil nu. Mais le vent change la donne et favorise beaucoup les avalanches. Et puis il y a aussi des conditions printanières qui arrivent avec un mois d’avance en-dessous de 2300 mètres. Le choix des sorties en montagne doit s’adapter à toutes ces données » , rappelle-t-il.

Pour Olivier Moret, auteur du livre Avalanches (éditions Guérin), le risque prévisionnel ne constitue pas le seul facteur à prendre en compte : “ Le relief et le groupe sont les deux autres éléments décisifs. Privilégiez les pentes à moins de 30%, évitez celles orientées au nord et pensez à bien vous espacer lorsque vous êtes en groupe”, conseille-t-il. Des mesures qui auraient évité une grosse frayeur à notre skieur mauriennais.

L’hiver 2017 a pour l’instant été ponctué d’accidents marquants, comme les quatre personnes mortes ensevelies à Tignes le 13 février dernier. Mais le nombre de décès cet hiver n’est pour l’instant pas supérieur à la moyenne : 10 accidents mortels et 17 décès depuis novembre 2016.