Tri et réduction des déchets : Et les enfants dans tout ça ?

Par | Publié le 15 mars 2019

Chloé a beaucoup appris en lisant les guides de Jérémie Pichon et Bénédicte Moret, la "Famille Zéro Déchet". Des conseils y sont donnés pour expliquer comment et pourquoi réduire ses déchets.

Chloé a beaucoup appris en lisant les guides de Jérémie Pichon et Bénédicte Moret, la « Famille Zéro Déchet ». Des conseils y sont donnés pour expliquer comment et pourquoi réduire ses déchets.

 

Il est de notoriété publique qu’il faut apprendre aux enfants à respecter l’environnement dès leur plus jeune âge. Cela passe évidemment par le tri et la réduction des déchets. Mais à Grenoble, les petits sont laissés de côté. Les associations prévoient peu d’événements pour ce public, et les actions de prévention dans les écoles se développent de façon titubante. C’est encore en famille, individuellement, que l’éducation se fait le mieux.

Imaginez un peu. Selon l’Ademe (l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), chaque Français produit annuellement plus de 500 kilogrammes de déchets. Des ordures ménagères qui finissent parfois dans la nature, polluant alors les sols et la mer. En 2015, l’association Mountain Riders a ramassé près de 51 tonnes de détritus sur les pistes de ski françaises, et 24 tonnes en 2017.

Certaines villes ont donc choisi de mettre le tri et la réduction des poubelles au cœur de leur action. Mais à l’heure actuelle, à Grenoble, rares sont les projets de sensibilisation à destination des enfants, qui seront pourtant, demain, responsables de notre planète. Parmi les 700 associations existantes, seules une trentaine s’intéressent aux enjeux du développement durable. Celles qui ciblent les enfants et les déchets se comptent sur les doigts d’une main.

L’association À bords perdus organise ponctuellement, dans les écoles et pendant les fêtes de quartiers, des ateliers de réutilisation de détritus. « On travaille bien avec les cannettes, témoigne Michelle Cambon, administratrice de l’association. On peut les peindre, créer de nouveaux objets. Par ce biais, on essaie de sensibiliser les petits à l’importance du ramassage et de la réduction des déchets. » Au Café des enfants de l’association La Soupape, les enfants trient les ordures alimentaires et utilisent du matériel de recyclage lors de leurs ateliers créatifs.

Et sinon ? Même l’ancien collectif Zero Waste Grenoble, récemment devenu une association, ne fait pas encore du jeune public sa priorité : « On est en restructuration pour le moment, donc on ne propose pas d’activités à proprement parler, admet Claire Fraisse, membre de l’association. On est tout nouveau, tout est à construire. » La capitale des Alpes, pourtant ville auto-proclamée la plus écolo de France, a encore du pain sur la planche. « Ce n’est pas un champ d’action spécifique pour les associations aujourd’hui, reconnaît Éric Piolle, le maire de Grenoble. Ce serait important, mais il se passe quand même pas mal de choses dans le cadre scolaire et périscolaire. »

« Cela devient un réflexe »

La Métropole Grenoble-Alpes propose depuis une vingtaine d’années un projet pédagogique à destination des établissements scolaires, visant à apprendre aux élèves les enjeux du recyclage. Les animateurs, baptisés « messagers du tri« , assurent aujourd’hui leur rôle dans plus de 90 écoles maternelles et primaires de la région grenobloise. Au programme : visites du centre de tri de La Tronche, jeux et discussions autour du gaspillage alimentaire, promotion du compostage… « Quand on vient dans une classe, l’objectif c’est qu’à la fin de la séance, tous les élèves deviennent eux-mêmes porteurs du message, détaille Françoise Laboissière, « messagère«  à la Métropole depuis quatre ans. L‘enfant va revenir chez lui avec un guide du recyclage, et peut-être demander à ses parents de s’y mettre. »

Qu’ils soient déjà sensibilisés ou non sur ce sujet, les écoliers sont très réceptifs. Françoise Laboissière évoque avec fierté l’année où des élèves d’une école maternelle de Fontaine, très impliqués dans les animations, ont demandé un sac de tri pour leur salle de classe, une fois arrivés en CP. « On a à cœur de commencer dès la maternelle, poursuit-elle. Si dès quatre ou cinq ans, l’enfant prend conscience que tous les déchets ne se mettent pas au même endroit, qu’ils ne seront pas revalorisés de la même façon, cela devient un réflexe. C’est aussi dire à l’enfant que de sa petite taille, lui aussi peut agir. »

Malgré tout, Françoise Laboissière reconnaît facilement que des progrès restent à faire, et que l’action manque parfois de cohérence. Cette année, pour la première fois, les « messagers du tri«  ont réuni les responsables du développement durable des mairies et les directeurs d’école, pour décider des besoins de chacun. « Jusqu’à cette année, on allait parfois dans les classes informer les enfants, et l’école n’était même pas équipée en bacs de tri… », déplore Françoise Laboissière.

Samuel Voruz et Stéphanie Stevan ont commencé à réduire leurs déchets à la naissance de leurs enfants, Chloé, 11 ans, et Niels, 8 ans.

Samuel Voruz et Stéphanie Stevan ont commencé à réduire leurs déchets à la naissance de leurs enfants, Chloé, 11 ans, et Niels, 8 ans.

 

La transmission par l’exemple

Puisque peu d’actions voient le jour à Grenoble pour sensibiliser les enfants à ce sujet, c’est encore à la maison que l’apprentissage se fait le mieux. Stéphanie Stevan et Samuel Voruz vivent dans la capitale des Alpes avec leurs deux enfants, Chloé, 11 ans, et Niels, 8 ans.

« Quand je t’ai rencontrée, tu buvais de l’eau en bouteille », plaisante Samuel. Sa compagne répond, le sourire aux lèvres : « Oui, c’était l’éducation que j’avais reçue» Depuis, les choses ont bien changé. À la naissance de leur fille, les deux jeunes parents ont choisi de se tourner vers le zéro déchet. D’abord en achetant en vrac, puis progressivement en fabriquant eux-mêmes leurs cosmétiques et produits ménagers.

Les bocaux contenant pâtes, riz, et autres aliments trônent sur l’étagère de leur cuisine. La poubelle est quasiment vide, les restes alimentaires sont placés dans le bac à compost. Le nez vissé sur deux guides d’accompagnement au zéro déchet, Chloé et Niels semblent parfaitement adaptés à ce mode de vie. « Ça fait tellement partie de leur quotidien qu’ils ne le voient même plus, sourit Stéphanie. Amener sa boîte au magasin, ça leur paraît normal. On a toujours expliqué nos choix, pourquoi on disait oui ou non à quelque chose. » Les seules réticences de Chloé ? Utiliser un shampooing solide, des mouchoirs lavables, et offrir un cadeau emballé dans du tissu, qu’il faut réclamer une fois le présent ouvert. « Ça m’intéresse, je veux bien réduire mes déchets, mais pas tout non plus », explique-t-elle timidement.

La fillette observe que peu de ses amies s’intéressent à l’écologie et aux déchets, mais elle ne se sent pas différente des autres pour autant. Sa mère imagine que lorsque Chloé grandira, elle devra passer par un moment où il ne s’agira plus de reproduire les actions de ses parents, mais d’en être convaincue elle-même. « J‘ai du mal à croire qu’elle puisse être autrement, c’est l’éducation qu’on lui a donné, affirme Stéphanie. Il n’y a jamais eu d’opposition, c’est vraiment naturel. »

Justine Guitton-Boussion

Ce reportage a été écrit dans le cadre du Prix des jeunes reporters pour l’environnement 2019.