Zone 30 : les Grenoblois dans le flou

Par | Publié le 11 février 2016

Il y a un mois, la Métro, communauté d’agglomération Grenobloise, lançait officiellement la généralisation de la limitation de vitesse à 30 km/h sur 15 de ses communes. Seul hic : les nouvelles règles ne sont pas claires pour les usagers de la route. Le point sur cette mesure.

Tous les panneaux "zone 30" aux différentes entrées de la ville ne sont pas encore tous en place

Les panneaux « zone 30 » aux nombreuses entrées de la ville ne sont pas encore tous en place / GC

« Vous êtes dans une métropole apaisée ». Voilà ce que l’on retrouve sur plusieurs panneaux dispersés à travers les rues de Grenoble. Après le retrait de ses panneaux publicitaires, la ville a une nouvelle fois fait le buzz. À l’initiative de la Métro, la commune, ainsi que 14 autres, est devenue « ville à 30 » dans le cadre de la loi sur la transition énergétique. Le principe : la vitesse de 30 km/h devient la norme, et non plus le 50, comme les Français en ont l’habitude depuis 1990. Cette mesure a eu un important retentissement au niveau national, puisque Grenoble est la première grande ville à l’adopter.

Pourtant, la situation reste floue. Panneaux « zone 30 » pas toujours présents à l’entrée de Grenoble, redondance avec ceux préexistants dans la ville, pas encore retirés, incohérence des indications de « sortie de zone 30 ». « Ce n’est pas lisible du tout pour le moment », constate Philippe Zanolla, animateur de la commission « vélos/piétons » au sein de l’Association pour le développement des transports en commun (ADTC). Certains internautes pointent ce problème sur Twitter :

 

À l’origine de ce tweet : Romain, cycliste et occasionnellement automobiliste. Il estime qu’ « il y a un petit flou entre les annonces de la Métro et ce que les automobilistes sont censés respecter. » Il se demande quelle est la situation actuelle, car après une très grande communication autour de cette généralisation de la zone 30, les changements ne sont pas encore visibles. « La façon de conduire des Grenoblois ne semble pas avoir changé », observe Romain. Faut-­il rouler à 30 km/h dès maintenant ? Une explication s’impose.

La pédagogie avant tout

Du côté de la mairie de Grenoble, on concède que l’on est allé un peu vite. « Mais nous sommes dans une grande période de transition qui devrait durer au moins six mois », estime Jacques Wiart, adjoint aux Déplacements et à la Logistique urbaine de Grenoble. De grands travaux sont encore à prévoir. La Métro, qui se charge entièrement de cette transformation, espère avoir terminé de retirer les panneaux devenus obsolètes fin février – sauf contrainte climatique. Il restera ensuite à aménager les anciennes zones 30. « Elles seront certainement transformées en zone 20 ou en zone de rencontres (ndlr : voie où automobilistes, cyclistes et piétons cohabitent) », pense Jacques Wiart. Des radars pédagogiques ainsi que des marquages au sol en relief – « pour donner un signal sonore » – à l’entrée de Grenoble sont également attendus pendant cette phase de transition. C’est toute une signalétique qui est à revoir.

Pour autant, les arrêtés métropolitains sont là : il faut désormais rouler à 30 km/h. Mais aucun contrôle n’est à prévoir pour le moment, car c’est un bouleversement culturel qu’il faut prendre le temps d’assimiler. « Il faut faire preuve de bon sens et partager ce changement avec tous », estime l’adjoint, car ce n’est évident pour personne. Pour aider les Grenoblois, Jacques Wiart souhaite que la Métro mette en place une « communication continue » afin d’offrir « un maximum d’explications et de pédagogie », dans le même style que la campagne pour le tri sélectif.

Même si ce changement n’est pas évident, réduire la vitesse de circulation découle d’un ras-­le-­bol des riverains, selon Philippe Zanolla. « Les gens ne supportent plus la place énorme de la voiture », assure le militant de l’ADTC. Jacques Wiart en arrive à la même conclusion : « Après avoir discuté avec les riverains, on s’est rendu compte qu’ils étaient demandeurs de cette nouvelle mesure. »

À l’été 2016, 28 autres communes suivront le mouvement. En tout, ce sont 43 villes sur les 49 que compte la Métro qui auront généralisé la vitesse de circulation à 30 km/h par arrêtés métropolitains.

 

 

À QUOI SERT UNE UNE VILLE À 30 ?

Le but de cette mesure est principalement d’apaiser la ville en redistribuant l’espace urbain, entre les automobilistes, les cyclistes et les piétons. Concrètement, cette réduction de vitesse offre plus de sécurité aux usagers de la route, selon Philippe Zanolla, animateur de la commission « vélos/piétons » au sein de l’Association pour le développement des transports en commun (ADTC). « À 30 à l’heure, le champ de vision de l’automobiliste s’élargit, affirme-t-­il. Il sera donc plus à même de voir cyclistes et piétons. »

Circuler à 30 km/h serait également une solution pour diminuer la pollution de l’air, selon un test réalisé par l’association La Vie à vélo en 2012. Il démontre que la consommation de la voiture baisse de 70% lorsque l’on roule à 30 au lieu de 50 km/h. La pollution de l’air en est donc réduite. « Pour que notre agglomération soit durable, il faut trouver les solutions aujourd’hui », explique Jacques Wiart, adjoint aux Déplacements et à la Logistique urbaine de Grenoble.

La France n’est pas la seule à avoir sauté le pas. « À Berlin, 80 % de la ville est limitée à 30 km/h. Et la nuit, c’est toute la capitale qui est concernée, pour diminuer le bruit, d’après Philippe Zanolla. Et cela fonctionne très bien ! »